Le Général Rullière

Un conscrit de Saint-Didier qui a réussi sa carrière militaire :
Le Général Joseph Marcellin RULLIERE

Fils d’un procureur du roi, Joseph Marcellin Rullière naquit dans la maison familiale sur la petite place à St-Didier, le 9 juin 1787. On sait qu’il est ensuite élevé dans une petite école du Faubourg de Montfaucon.
En 1807, à 20 ans, il s’engage dans le corps des « Vélites des grenadiers de la garde » et participe à l’épopée des armées impériales : Iéna, Friedland, Essling, Wagram, l’Espagne, la campagne de Russie, les Cent Jours et Waterloo.
Il sert ensuite dans les armées du roi et participe aux campagnes d’Espagne de 1823 à 1828, de Grèce en 1829, d’Afrique à partir de 1830. En 1832, il est nommé général.
Il est mis à la retraite en 1848 après 41 ans de service et 22 campagnes. Elu député de Haute-Loire, il devient ministre de la guerre dans le gouvernement du prince président Louis-Napoléon. En 1849, il est élu à Marseille. Il vit sa retraite aux environs de Paris et s’éteint le 24 août 1863.
En 1887, une décision ministérielle donne son nom à une caserne de St-Etienne, aujourd’hui remplacée par la faculté de lettres.
En 1889, une délibération de la municipalité de St-Didier décidait l’ouverture d’une souscription pour lui élever une statue. Projet qui sera remis et dont il ne reste plus aujourd’hui qu’une plaque sur la maison natale de Joseph Marcellin RULLIERE.

D’après plusieurs articles parus dans La Tribune et Le Progrès en 1969, 1993 et 1996, les plus récents écrits par Paul Thiollière.

Pour en savoir plus sur le Général RULLIERE : Un article de L. DAVENAS paru en 1933 dans l’Écho Paroissial de St-Didier en Velay

UN GLORIEUX ENFANT DE SAINT-DIDIER
LE GENERAL RULLIERE (1787-1863)
Par L. DAVENAS
Echo paroissial de St-Didier-la-Séauve (juin/juillet/août/octobre 1933)
 

C’est un nom bien connu des Stéphanois. Mais l’est-il comme il mériterait de l’être ? J’en doute. Qui connaît exactement la vie, la carrière du général Rullière, enfant de Saint-Didier-la-Séauve ?
Dans une étude pour laquelle j’avoue ne pas avoir grand mérite, pour laquelle de nombreux documents m’ont été communiqués, c’est à vous, chers compatriotes, que je dédie cette biographie d’un enfant de chez nous.
Mais, auparavant, permettez-moi d’adresser des remerciements à Mlle Rédé, de la Bibliothèque municipale de Saint-Etienne, à M. le Curé-doyen Martel, de St-Didier-la-Séauve, à M. le Colonel Michel, commandant le 38″ Régiment d’Infanterie à Saint-Etienne, qui m’ont fourni une documentation si précieuse. J’ai également compulsé avec beaucoup d’intérêt une brochure de M. Michel Masson, de Saint-Didier-la-Séauve, et éditée en 1899. Mais, afin de rendre cette étude plus complète, plus vivante, j’ai relaté quelques épisodes vécus par notre illustre compatriote, au cours de sa longue carrière.
Les registres de catholicité déposés à la mairie de Saint-Didier, registres qui avant 1789 tenaient lieu d’état civil, attestent que : « L’an 1787 et le 9 Juin est né et a été baptisé Joseph-Marcellin Rullière, fils légitime de sieur Eustache-Marcellin et de Jeanne-Agnès Michel, de la Ville de Saint-Didier. Son parrain a été Eustache-Marcellin Rullière, oncle paternel, sa marraine Catherine Eyraud, qui ont signé avec nous, et le père. Signatures : Rullière, Eyraud, Michel, Michel, Rullière, Bruyeron, de Rachat, prieur. » Le père était procureur du roi à Saint-Didier. C’est dans une période agitée, dans une atmosphère guerrière, toute emplie du bruit de nos victoires qu’il va vivre jusqu’à vingt ans. Après les victoires de la République, ce sont celles de l’Empire.
Ayant reçu les premiers éléments d’instruction d’un instituteur de la localité nommé Vincent, à moins de vingt ans, il devance la conscription et s’enrôle dans les vélites grenadiers de la Garde Impériale (4 mars 1807). Sa vocation ou sa destinée l’appelant à la défense de la Patrie, il y court avec plaisir. Et dès lors, c’est pour Rullière une belle page d’histoire qui commence, une longue page qui ne s’achèvera qu’à l’aube du Second Empire !
Que de lauriers récoltés ! Que d’actions d’éclats, que de courage tout cela représente !
Le corps des vélites, créé par Napoléon ler du temps qu’il n’était encore que Premier Consul (25 mars 1804), était une troupe d’élite faisant partie de la Garde Impériale. Deux bataillons de 800 hommes chacun étaient rattachés, l’un aux grenadiers, l’autre aux chasseurs de la Garde. N’était pas vélite qui voulait. Pour y être admis, il fallait posséder une certaine instruction, appartenir à une famille honorable, être âge de moins de vingt ans, et avoir une taille de 5 pieds 2 pouces (environ l m. 68).
Tous ces biens, tous ces dons, Rullière les possédait. « Les promesses d’avancement étaient à l’origine peu séduisantes. Mais les personnes qui connaissaient l’esprit du gouvernement, les goûts de la guerre chez le chef de l’Etat, le désir que celui-ci avait de rallier toutes les opinions et de s’attacher toutes les familles, pensèrent que c’était une pépinière d’officiers qu’il voulait créer sous ce nom nouveau emprunté aux Romains. » (Extrait de la Garde Impériale : H. Houssaye.)
Quelques mois après, son instruction militaire est terminée. Le 14 Juin 1807, jour anniversaire de Marengo, il reçoit le baptême du feu à Friedland. «  II n’était pas question de nonnettes à Friedland, dit Mme d’Abrantès. C’était, nous racontaient les lettres que recevait Junot, une des plus terribles batailles que nos troupes eussent encore livrées. V. Duruy. »
Puis c’est la campagne d’Espagne (1808). En 1809, la campagne contre l’Autriche, et il est enfin nommé sous-lieutenant adjudant-major au ler Régiment de Conscrits de la Garde Impériale (9 Avril 1809). Il combat vaillamment à Essling et à Wagram, et c’est la paix de Schoenbrunn. Il retourne en Espagne avec son Régiment, et pendant trois années, c’est la lutte contre les troupes de Mina. Ce sont les guérillas, ce sont les embuscades, l’assassinat. Lutte sauvage, dangereuse, presque sans gloire. Sa bravoure lui mérite le grade de lieutenant adjudant-major (24 Juin 1811). Au combat d’Acédo, il se distingue et il est blessé grièvement (8 Juin 1812).
En 1813, à l’ouverture de la campagne, l’Empereur récompense d’une façon exceptionnelle le brillant officier. Le 2 Avril, il lui confère le grade de chef de bataillon au 146e de ligne, et quatre jours après, le 6 Avril, l’étoile des braves, c’est-à-dire la Légion d’honneur. Tant de vertus militaires recevaient enfin leur consécration. Rullière comptait alors six années de service pendant lesquelles il avait traversé plusieurs fois l’Europe, du Nord au Midi et du Midi au Nord, et pris part aux luttes épiques de la Garde Impériale.
Dans cette campagne, il participe aux batailles de Lutzen et de Bautzen. Peu avant Leipzig, au combat malheureux de Goldebrg, servant dans les rangs de la division Puthod, de l’armée Mac-Donald, il est fait prisonnier. « Cette division s’était hasardée seule au delà du Bober jusqu’à la hauteur du pont de Hirschberg. Cette troupe n’ayant pas profité de ce pont pour revenir en deçà du Bober lorsqu’il en était encore temps, son sort était bien compromis. Réduite de 6.000 hommes à 3.000 par la fatigue, le froid, la faim, l’abattement, elle est assaillie par les troupes de Blücher. Acculée à la rivière, elle se bat en désespérée contre plus de 30.000 ennemis. Mais le nombre des Français diminue de plus en plus. Bientôt, ils ne sont plus que 2.000. Le maréchal Mac-Donald aurait bien voulu les secourir avec quelques troupes en remontant la rive droite du Bober. On lui fit sentir le danger, l’inutilité peut-être de ce secours. Il fut obligé de laisser immoler sous ses yeux de malheureux soldats perdus à la suite de sa mauvaise étoile. — (Thiers). »
Enfin, ce qui reste de la division est obligé de se rendre. Rullière, prisonnier, est interné en Russie et ne recouvre sa liberté que le 1er Juin 1814.
Le 27 Août 1814, Rullière est réintégré avec le même grade au 95e de ligne en garnison à Maubeuge. Le 24 Décembre suivant, il reçoit la croix d’officier de la Légion d’honneur.
1815 ! L’Empereur est revenu de l’Ile d’Elbe ! Rullière va le suivre dans sa nouvelle course à l’abîme…
Le 18 Juin 1815, jour de la néfaste bataille de Waterloo, Rullière y fait bravement son devoir. Il a l’insigne honneur de charger aux côtés du « brave des braves! », le maréchal Ney, et réussit à sauver le drapeau du 95e. « Les derniers carrés de la vieille Garde étaient anéantis. Quelques centaines d’hommes, nobles débris de la division Durutte et comprenant une partie du 95e. de ligne commandé par le chef de bataillon Rullière, battaient en retraite. Soudain, le maréchal Ney apparaît. Sans chapeau, son épée brisée à la main, ses habits déchirés et trouvant encore une poignée d’hommes armés, le brave des braves veut les ramener à l’ennemi : « Venez, mes amis, venez voir comment meurt un Maréchal de France ».
« Les soldats, entraînés par sa présence, font volte-face et se précipitent en désespérés sur une colonne prussienne qui les suivait. Ils font d’abord un grand carnage, mais sont bientôt accablés et deux cents à peine parviennent à échapper à la mort. C’est en cet instant critique que Rullière, prenant le drapeau du 95e, le cache sous sa redingote, réussit à le sauver des mains des ennemis et suit Ney, démonté pour la cinquième fois et toujours sans blessures. Dans cette terrible bataille, soixante mille Français, Anglais, Prussiens, gisaient morts ou blessés. — (Thiers). »
Les notes de ses chefs le représentent alors comme ayant un beau physique et une parfaite tenue. Très instruit des choses militaires, déclarent-ils. Sa conduite, son zèle ne méritent que des éloges. L’un de ses chefs écrit de lui la note suivante : « Possède une fortune médiocre », ce qui ne saurait amoindrir sa valeur, au contraire ! Le général d’Orsay écrit partout qu’ayant eu Rullière sous ses ordres à l’armée d’Espagne, il a pu apprécier sa bravoure et ses connaissances militaires.

Mis en non activité le 8 Septembre 1815, iI est rappelé l’année suivante dans la région départementale du Cher. Vrai type du soldat, animé de l’amour de la Patrie, après avoir servi le drapeau tricolore, il sert le drapeau blanc. A la tête de la légion du Cher, il ne tarde pas à s’y faire apprécier. Le Comte de Claparède s’exprime ainsi à son sujet : «  Monsieur Rullière est un officier très distingué, son Instruction et son zèle ont été très utiles à la légion ; on doit le compter parmi les meilleurs chefs de bataillon de l’armée. »
Par la suite de 1817 à 1820, tous ses chefs, le Comte de Lorencey, le Baron de Despreaux, son Colonel, le Lieutenant Général Prince Louis de Hohenlohe s’accordent à dire que  » le Commandant Rullière est un officier supérieur de la plus grande distinction ; II joint à une instruction savante, la fermeté, le zèle et le dévouement qui caractérise un véritable officier. « 
En 1820, (14 Juin), il est nommé Chevalier de Saint-Louis, et le 26 Juillet suivant, il passe dans la légion de Saône-et-Loire, avec le grade de Lieutenant-Colonel. Lors de l’intervention de la France en Espagne, (1823), Rullière passe une nouvelle fois les Pyrénées. Il est cité à l’ordre de l’armée en raison de sa belle conduite dans l’affaire de Porto-Réal et au siège de Cadix. Cette campagne lui vaut la décoration de Chevalier de 3″ classe de l’ordre espagnol de Saint-Ferdinand, (23 Novembre 1823). Le 26 Août 1824, il est nommé Colonel au 6° d’Infanterie de la Garde Royale. Le 4 Décembre suivant, il est fait Chevalier de 2e classe de Saint-Ferdinand d’Espagne.
Le 25 Janvier 1826, le Colonel Rullière prend le commandement du 35e de ligne à l’armée d’occupation en Espagne. En 1828, toujours à la tête du même régiment, il mène celui-ci en Morée, à la délivrance des Hellènes. A cette occasion, la Croix de Commandeur de la Légion d’Honneur lui est décernée, (22 Février 1829). Puis c’est le retour en France en garnison à Montpellier. C’est alors qu’il obtient un congé de trois mois et se rend à Saint-Didier-la-Séauve et à Paris.

1830 ! C’est la campagne d’Algérie, Rullière en est encore ! II va cueillir de nouveaux lauriers. A la tête du 35e de ligne, il conduit le régiment avec son énergie accoutumée au combat de Staouléi, et sous les murs du fort de l’Empereur le 12 Juillet 1830, le général de Bourmont écrit d’Alger au Ministre de la Guerre :
« Le Colonel Rullière est Chevalier de Saint-Louis, et Commandeur de la Légion d’Honneur ; il ne peut, en raison de son grade, obtenir de l’avancement dans les ordres royaux. Toutefois, cet estimable officier ayant mérité dans cette dernière campagne de recevoir une marque de satisfaction, je prie votre Excellence de demander pour lui à M. le Garde des Sceaux, le titre de baron. »
Mais la révolution de 1830, survenant, l’empêcha de recevoir cette récompense.
Le 27 Novembre 1830, Rullière commandait les troupes formant la garnison de Blidah, composée des 34e et 35e de ligne, et de deux pièces de canon lorsqu’il est attaqué dans cette ville « … le Colonel Rullière venait d’ordonner aux deux compagnies de grenadiers de se porter rapidement de l’autre côté de la ville en longeant les jardins, de rentrer soit par la porte de Médéa, soit par les brèches ouvertes dans le mur d’enceinte, et de tomber à la baïonnette sur l’ennemi pris à revers. La fusillade continuait de part et d’autre ; tout à coup, au milieu des détonations retentissantes, on commença d’entendre des clameurs lointaines, puis le rythme de la charge battue à la française ; alors, à travers les assaillants surpris, les voltigeurs du 35e. débouchèrent de la voûte à la rencontre de leurs camarades. Le combat dès lors changea de face mais il fallut emporter d’assaut les maisons l’une après l’autre, poursuivre l’ennemi dans les cours, dans les ruelles, de terrasse en terrasse. » (ROUSSET).
Le lendemain du combat, le Général en Chef Comte Clausel lui annonce en présence de l’état-major qu’il demandait pour lui le grade de général. C’était la juste récompense de la belle conduite de notre compatriote en cette affaire — (toutefois cette promotion ne fut un fait accompli que le 11 Octobre 1832, alors qu’il était à Angers ).
Recevant sa nomination comme général, il en accuse réception en ces termes : « Je considère cet avancement non comme la récompense de mes faibles services, mais comme un témoignage de sa Majesté pour les services rendus par le bon et brave 35e régiment. »
Le 19 Juillet 1831, il est nommé Commandeur de l’ordre royal du Sauveur de Grèce.
Le 6 Novembre suivant, il recevait l’ordre de se rendre à Valenciennes pour y prendre le commandement de la première brigade de la division d’infanterie de réserve de l’armée du Nord, sous les ordres du général Schramm. Il fait les campagnes de 1832-1833 en Belgique et au siège d’Anvers.
Auparavant, il a reçu des lettres de félicitations du Maréchal Soult, de Philippe d’Orléans, du Général Hulot au sujet des troubles de Nîmes, (l l Avril 1831), et de Grenoble, (Mars-Avril 1832). En ce qui concerne Grenoble « … le conflit n’était ni social, ni politique ; il avait été provoqué par les tracasseries du préfet. Une mascarade traditionnelle, au carnaval, avait irrité le préfet qui tenait à rendre son autorité vexatoire. Furieux de n’avoir pu fermer la porte de la ville au cortège des masques après sa promenade habituelle, il s’était vengé en interdisant un bal masqué projeté pour le soir. Le lendemain, la foule lui avait donné un charivari. Il l’avait fait cerner et charger ; le sang avait coulé, de nombreux blessés avaient jonché le sol. Grenoble tout entier fut révolté. » (A. PETIT).
A la suite de ces Incidents, Rullière était envoyé dans cette ville avec mission d’apaiser cet absurde conflit. En 1833, Rullière est nommé commandeur de l’ordre de Léopold de Belgique.
En 1834, il commande le département d’Eure-et-Loir (21 Février). Chargé d’une courte mission à Lyon, il reçoit en 1835 le commandement du palais du Luxembourg au moment du procès des insurgés de Lyon. Dans cette difficile mission il y fait preuve de beaucoup de dévouement et d’habileté. A cette occasion il recevait les félicitations du maréchal Mouton comte Lobau, de M. Thiers, du maréchal Maison et du roi Louis-Philippe. Puis il retourne en Eure-et-Loir. En 1836 le général Rullière commande une brigade d’infanterie à Versailles puis à Paris.
Mais, comme tous les militaires de son époque il ne peut résister à l’attraction que produit en lui ce seul mot « Algérie ». Et puis le général Bugeaud qu’il remplace à Paris ne vient-il pas de se couvrir de gloire dans les gorges de la Sickah et conquérir son grade de lieutenant-général ? Rullière ne peut y tenir et demande à faire campagne.
Peu après son retour sur le sol africain, il est placé à la tête d’une brigade de la division active d’Oran, sous les ordres du général Bugeaud (l » » Mars 1837). Mais bientôt il est mis à la disposition du Gouverneur général de l’Algérie, le général Damrémont qui préparait la conquête de Constantine. Dès les premiers temps Rullière donna au Gouverneur général la mesure de ce que l’on pouvait attendre de lui. Après le traité de Tafna, il prend énergiquement la défense de Bugeaud violemment discuté et attaqué, ce traité étant parait-il plus favorable à Abd-el-Kader qu’à la France. Le 12 Septembre, il dirige admirablement ses troupes dans un engagement contre la cavalerie arabe. Le 23 chargé du commandement du camp de Medjez-el-Hamar, en l’absence du Gouverneur général, il repousse une attaque des Kabyles de Djidjeli et de Stora, conduite par le Bey Ahmed et les met dans une telle déroute que, contrairement à l’usage, ils laissent leurs morts sur le terrain. Après le combat le général Damrémont s’exprime ainsi —« Le Bey, venu pour assister au triomphe de ses soldats, n’a été témoin que de leur défaite et a dû reconnaître son impuissance. L’ardeur et le sang-froid que nos troupes ont montrés en cette circonstance, est un heureux augure pour l’expédition qui va commencer. Le Gouverneur général leur adresse ses plus vives félicitations et tout particulièrement au général Rullière qui les commandait. »
L’armée étant en marche sur Constantine, Rullière repousse une nouvelle agression de contingents arabes (5 octobre).
Arrivé sous les murs de la place, il commande deux brigades chargées de l’attaque principale de Coudiat-Aty. Le 7 et 10 Octobre il s’oppose victorieusement aux sorties des assiégés. Le 11 Octobre 1837 à 8 heures du matin, le feu s’ouvre sur toute la ligne. L’ennemi répond avec vigueur. Vers 2 heures 1/2, notre artillerie ouvrait une brèche. L’ennemi sommé de se rendre refuse en nous faisant savoir : « Si les Français n’ont plus de poudre nous leur en enverrons, s’ils n’ont plus de biscuit, nous partageons le nôtre avec eux ; nous défendrons à outrance nos maisons et notre ville, on ne sera maître de Constantine qu’après avoir égorgé son dernier défenseur ». Quand on répéta ces mots au général Damrémont celui-ci s’écria : « Ce sont de braves gens ; eh bien l’affaire n’en sera que plus glorieuse pour nous ».
L’affaire s’annonce rude ; elle le sera !
Le 12 Octobre le général Damrémont prend ses dispositions pour l’assaut. Il observait du haut d’une éminence les approches de la ville, accompagné des généraux Rullière, Perrégaux et du duc de Nemours. Le feu des assiégés était assez vif en ce moment : « Prenez garde, lui dit Rullière, nous sommes ici le point de mire de l’ennemi. » — C’est égal, répond tranquillement Damrémont. Comme il disait ces mots un boulet le frappe en pleine poitrine (Duruy). Au même instant le général Perrégaux était tué d’une balle entre les yeux. Plus ancien que Rullière, le général Vale avait l’insigne honneur de prendre le commandement de l’armée.
Enflammé du désir de triompher et de venger son général en Chef, Rullière escalade la brèche, se jette sur le casbah et force à se rendre les arabes qui s’y étaient réfugiés. Dans ce siège mémorable Rullière se montra digne de commander aux vaillants qui déployèrent un courage surhumain dans leur triple lutte contre la peste, contre les éléments déchaînés et contre de fanatiques ennemis.
Je me plais, ici, à rappeler le nom d’un enfant du Forez mort en cette circonstance. Je veux parler du colonel Combes, originaire de Feurs qui, commandant la deuxième colonne d’assaut, fut tué à la tête de ses troupes. Ses dernières paroles sont «… je suis heureux d’avoir pu faire quelque chose pour le roi et pour la France ». Nobles et fières paroles, dignes d’un grand soldat, mort trop jeune hélas ! La ville de Feurs a élevé une statue à son valeureux enfant.
Le prince Louis-Napoléon arrivant au pouvoir voulut faire un ministère de conciliation. Dans ce but il prend comme président du conseil Odilon Barrot, assisté de Drouin de Lhuys aux affaires étrangères, M. de Falloux aux cultes, etc…
Dans ce ministère Rullière était chargé du portefeuille de la guerre, consécration de son talent, de ses vertus militaires (20 décembre 1848). C’est en sa qualité de ministre de la guerre qu’il prépare l’expédition de Rome. Il se fait au nom de la justice et du droit, le promoteur de la loi du l l août 1849, qui releva de la retraite les officiers généraux et supérieurs dont la carrière avait été illégalement brisée.
Cependant la Constituante a achevé son oeuvre et les élections législatives vont avoir lieu. Aux élections du 13 mai 1849, Rullière échoue dans la Haute-Loire avec toute sa liste. Mais peu après il est élu dans le département des Bouches-du-Rhône. En envoyant ses remerciements à ses électeurs, Rullière dit qu’en votant pour lui « ils ont voulu protester contre le retour de tentatives insensées et donner à la cause sociale un énergique défenseur de plus. »
Les ministres pris dans l’Assemblée défendaient mollement le Président de la République, Napoléon Bonaparte, et semblaient séparer leur politique de la sienne.
Déclaré irresponsable par la Constitution, le président voulut choisir un ministère entièrement dévoué à sa politique ; ce qu’il fit. Rullière est remplacé par le général d’Hautpoul. Entre temps il s’est fait relever de sa retraite par décret du 3 l août l 849.
Après le coup d’état du 2 décembre 1851, le général de Saint-Arnaud fait mettre Rullière définitivement à la retraite (5 décembre 1851). Il se retire complètement de la politique et continue d’habiter Paris.

En 1857, il reçoit la médaille commémorative de Sainte-Hélène, décernée aux anciens soldats de la première République et du premier Empire. La mort le surprend le 24 août 1863, au 39 rue Neuve des Mathurins. Selon sa volonté, aucun honneur militaire ne fut rendu à ses obsèques qui eurent lieu en l’église de la Madeleine, le 26 août, au milieu d’un nombre considérable d’amis et de compagnons d’armes.
Le maréchal Bugeaud a écrit de lui : «  Rullière et moi nous avons les mêmes principes, les mêmes idées sur les troupes ; il connaît l’Afrique et nous nous entendons à merveille. » Quel plus grand éloge que ces paroles d’un chef si populaire ? Ces mots caractérisent notre illustre compatriote comme homme de guerre et pourraient être inscrits comme une glorieuse et véridique épitaphe sur son tombeau.
Voulant perpétuer sa mémoire, le gouvernement de la République, par décision ministérielle N° 640, du 15 juillet 1887, décrétait que la caserne principale du 38° d’infanterie, à Saint-Etienne, porterait désormais le nom de l’enfant de Saint-Didier. Il n’y a pas un seul Stéphanois qui ne connaisse la caserne Rullière, située rue d’Annonay ou plus exactement rue du l l Novembre.
En 1899, sur l’initiative d’un industriel de Saint-Didier-la-Séauve, M. Michel Masson, il fut fortement question d’élever une statue au général Rullière, sur l’une des places de sa ville natale.
Le 19 avril de cette même année, M. Briat étant maire, une délibération du conseil municipal réuni en séance extraordinaire, fut même prise en ce sens : « Considérant que le général Rullière a, dans le cours d’une longue carrière militaire, rendu les plus éclatants services à la Patrie ; considérant que son nom est une gloire pour Saint-Didier-la-Séauve, sa ville natale, fière à juste titre de le compter parmi ses enfants illustres s’associe de grand coeur au projet présenté par M. Masson, et, dans le but d’en poursuivre la réalisation, vote une somme de 2.000 francs comme première mise de fonds. »

Pourquoi cette généreuse idée ne fut-elle pas suivie d’effet…?
Toutefois, une plaque commémorative apposée sur la maison natale du général Rullière, rappelle aux touristes que, en ce lieu, est né un grand soldat. Cette maison est située tout près de l’église, au lieu dit « la petite place » actuellement dénommée place Rullière. Nombreux sont ceux d’entre nous qui la connaissent.
Dans une de nos futures sorties, nous serons tous très heureux d’aller visiter le lieu de sa naissance, la petite place où Rullière, tout jeune enfant, s’est essayé aux premiers pas.
Par la pensée nous revivons cette vie ardente, tout entière consacrée à la prospérité, à la grandeur de notre chère Patrie. Et fiers, nous serons en songeant que Rullière est bien de chez nous, qu’il est bien de « Notre Vieux Pays ».

Une confusion dans l’état civil

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Après recherche dans les registres municipaux, il semblerait que cet article de Gabriel ROLLE paru dans La DÉPÊCHE du 14 août 1964 soit assez fantaisiste.
S’il y a bien eu une confusion dans l’état civil municipal, c’est dans l’autre sens que l’erreur s’est produite. Marie-Anne Bizaillon né en 1878, fils de Jean-Marie et de Marie-Anne Rullière a été enregistré comme une fille !
Il a fallu un jugement du tribunal d’Yssingeaux du 2 mai 1904 pour le confirmer dans sa masculinité !

L’INSTRUCTION AU XIXe SIECLE à St-DIDIER d’après LES REGISTRES DE CONSCRIPTION

Très tôt, les services de l’armée se sont préoccupés de connaître le niveau d’instruction des conscrits. A partir de 1837, une colonne est réservée à cet effet sur les registres. La classification comprend quatre degrés :
2 : sait lire et écrire
1 : sait lire
0 : ne sait ni lire ni écrire
D : degré inconnu

A St-Didier cette colonne n’a pas été renseignée sur les registres.
A partir de 1852, les instructions sont complétées et les registres sont dorénavant remplis :
« Les jeunes gens sachant écrire signeront. Ceux qui ne savent pas écrire apposeront une croix. Pour les absens ou ceux dont le degré d’instruction est douteux, MM. Les Maires apposeront la lettre D »
En 1852, sur 34 conscrits nés en 1832, 9 ont signé, 15 ont fait une croix.
En 1855, 13 conscrits sur 51 savent lire et écrire.
En 1856, sur 71 conscrits, 23 savent lire et écrire, 20 sont déclarés douteux et 23 ne savent ni lire ni écrire.
En 1857, sur 42 conscrits, 18 savent lire et écrire.
En 1860, sur 40 conscrits, 19 savent lire et écrire.

Le pourcentage de conscrits sachant lire augmente régulièrement tout au long du XIXème siècle. En 1873 et en 1875, deux nouveaux degrés d’instruction sont ajoutés dans les registres : 3 : sait lire, écrire et compter et 4 : « bachelier »
En 1879, voici le degré d’instruction des 50 conscrits nés en 1859 :

D 0 1 2 3 4
2 9 9 12 18 0

La catégorie la plus nombreuse est celle du niveau 3. Trois conscrits sur cinq savent lire et écrire. A l’opposé, ils ne sont plus qu’un sur cinq à ne savoir ni lire ni écrire.

En 1880, une nouvelle catégorie est créée, voici le nouveau tableau de répartition des conscrits :
0 : ne sait ni lire ni écrire
1 : sait lire
2 : sait lire et écrire
3 : sait lire, écrire et compter
4 : brevet de l’enseignement primaire
5 : bachelier es lettres, es sciences, ou de l’enseignement secondaire spécial

En 1892 voici la répartition des 60 conscrits nés en 1872 :
78% des conscrits savent lire et écrire, ils ne sont plus que 10% à ne pas savoir lire

D 0 1 2 3 4 5
0 6 7 21 23 3 0

Le premier bachelier à s’être présenté au conseil de révision fut Pierre-André PEYRACHE en 1893.
Le second, MONTCOUDIOL, clerc de notaire en 1894 et futur notaire à St-Didier.
Le troisième, en 1896, fut Jacques-Alexandre DURIEUX, négociant à La Séauve

A l’aube du XXème siècle, plus de 95% des conscrits de St-Didier savent lire. On peut réellement parler de progrès spectaculaires dans l’instruction des garçons en l’espace de cinquante entre 1850 et 1900 : le nombre de conscrits sachant lire est passé d’environ 30% à près de 95% d’une classe d’âge.

Le gros effort en direction de l’instruction publique des gouvernements successifs du XIXème siècle a particulièrement porté ses fruits en Haute-Loire, département jusque là fort en retard dans le domaine de l’enseignement.
A St-Didier, on peut dire que les instituteurs qui se sont succédés tout au long du XIXème siècle ont réellement réussi leur mission d’instruction des garçons.

degré d'instruction

Les rites des conscrits

Lors d’une première réunion qui se déroulait généralement avant le conseil de révision, les classards élisent un président et souvent un trésorier. A St-Didier, parmi les classards de la classe 54, le président est élu parce qu’il est le plus apprécié, le plus sérieux et qu’avec lui pas de danger « qu’il boive la caisse ».

Chaque classe constitue une caisse alimentée par une quête dans le bourg et dans les villages, la collecte des œufs et leur vente, le bénéfice des bals quand il y en a d’organisés et la somme versée par chaque conscrit.

Chaque classe se procure un drapeau. Pour certaines classes, il porte seulement manuscrites la mention de l’année et celle de la commune. D’autres classes surtout parmi les plus anciennes ont fait confectionné un drapeau en laine ou en coton, bordé de franges. Sur ce drapeau est brodé en lettres d’or « Honneur aux conscrits de St-Didier-La-Séauve », la mention de la classe accompagnée du sigle RF et des lauriers de la République ou encore « Commune de Saint-Didier, classe XX ». Certaines classes utilisent le drapeau d’une classe précédente, c’est le cas pour la classe 40 ou la classe 54.

Chaque année, les classards chantent le Mai. Pour certaines classes, cela a pu durer jusqu’à quatre jours. C’est pour eux l’occasion de se montrer et de repérer les filles à marier en frappant à toutes les portes, en visitant les classardes, en rencontrant les notables, tout cela en faisant des farces et en buvant abondamment. Le clairon permet d’alerter la population au passage de la classe. Les chapeaux et les foulards permettent de retenir l’attention.
Pendant cette période, les classards recueillent, dans les fermes, des œufs frais qu’ils mettent dans des corbeilles en osier enrubannées, et également quelque argent.
Les œufs récoltés sont la plupart du temps vendus à des commerçants (pâtissier ou boulanger) ou à des restaurateurs. Une partie sert à constituer une immense omelette chez un cafetier.

A l’occasion de la vogue, le dernier dimanche de juillet, les classards vendent des gâteaux de Savoie aux classardes, aux parents et amis et aux notables afin de renflouer la caisse.
Les gâteaux proposés comprennent plusieurs étages et sont surmontés d’un petit drapeau tricolore.
Des musiciens accompagnent les classards dans leur tournée chez les habitants.

Le conseil de révision se déroule à la Mairie du chef-lieu de canton. Autrefois le canton de Saint-Didier était fort étendu. Il comprenait outre les communes de Pont-Salomon, Saint-Ferréol d’Auroure, Saint-Just Malmont, Saint-Romain Lachalm et Saint-Victor Malescours celles d’Aurec sur Loire et de Saint-Pal de Mons (La commune de La Séauve a été créée en 1925). Certaines années, c’était plus de 200 conscrits (comme en 1890) qui se rendaient à la Mairie de Saint-Didier, souvent à pied, en groupe, en musique avec le drapeau en tête.

La visite du bourg et des cafés s’effectue en musique avec grosse caisse, tambours et clairons. Au conseil de révision de 1924, toutes les classes du canton défilent dans une véritable cacophonie, étant donné que les porteurs d’instruments ne savent pas en jouer… Très souvent les patrons de café offrent leur tournée et il n’est pas rare qu’un ou deux classards s’endorment sur un coin de table !

Le conseil de révision se déroule en présence du sous-préfet, du conseiller d’arrondissement, du commandant du bureau de recrutement et des maires du canton. La commission médicale est composée d’un médecin-major et d’un médecin du canton.
L’ordre de passage des classards devant le conseil est alphabétique, commune par commune. Souvent les classards sont appelés 10 par 10, par un gendarme. Dans le plus simple appareil, ils passent succesivement sous la toise, sur la bascule, puis un gendarme leur prend la mesures thoracique. Quelques questions leur sont posées : entendez-vous bien ? Savez-vous lire ? Écrire ? Quels diplômes avez-vous ? Savez-vous nager ? Monter à vélo ?
On vérifie si la vue est bonne en faisant lire de loin un tableau comportant des chiffres et des lettres de toutes dimensions. On passe enfin devant le médecin-major qui pose encore quelques questions : avez-vous une infirmité ? Avez-vous eu une maladie grave ? Une auscultation sommaire intervient quelque fois et le verdict tombe : « Bon pour le service armé » « service auxiliaire » « ajourné » « réformé ».

Devant la mairie sont postés des marchands ambulants qui avec empressement proposent aux classards une variété de cocardes, écharpes et rubans tricolores, insignes en métal doré, fleurs en tissu, foulards, couvre-chefs aux couleurs vives.
Les billets « Bon pour l’armée » ou « Bon pour le service armé », « Bon pour les filles », « Bon pour les femmes nues » sont généralement épinglés sur le couvre-chef. En plus de ces mentions, ils comportent diverses scènes : le passage à la toise, un groupe d’artilleurs, une femme quelque peu dévêtue dans une attitude provocante, etc.
Les réformés qui participent à la farandole achètent volontiers le billet « Bon pour les filles » puisqu’ils ne peuvent épingler autre chose.

Pour la presque totalité des classes, la sortie du conseil de révision est l’occasion de faire la photographie de groupe qui immortalisera cette journée. Jusqu’en 1948, ces photos furent prises dans l’atelier du photographe Thivillier au numéro 29 de la route nationale. Après 1948, les photos ont été prises dans le studio actuel de Joseph Cabot, dans la rue de l’Hôtel de ville par Thivillier fils puis par René Gimbert. Plus récemment, la croix de Mission du pré de la Foire est devenu l’emplacement privilégié des photographies des classards.

Veille de mai par Jean BONNEFOY

VEILLE DE MAI

Gai ! les garçons, allons chanter le mai,
Enrubannons l’osier de nos corbeilles
Car la vesprée à des teintes vermeilles
Et de lilas le soir est embaumé…

Et les voilà partis à travers les prairies,
En joyeux pèlerins,
Et sur tous les sentiers menant aux métairies
Résonnent leurs refrains.

Derrière les volets, au fond de la cuisine
On s’émeut, car ceux-ci ne sont que les premiers
De ceux qui vont chantant aux portes des fermiers
Et ne souffrent pas qu’on lésine.

Ce n’est pas assez des chansons,
Et comme on ne doit pas rebuter ces garçons,
Pour que le panier d’œufs, frais pondus, apparaisse
On lui bat le rappel à coups de grosse caisse…

Pourtant si ta porte, ô fermier l
En dépit de tout restait close,
On en ferait toute une glose
Pendant des mois à St-Didier.

Et je craindrais, vois-tu, d’amères représailles
Dans ton jardin, sur tes poireaux,
Sur tes semailles;
Allons, donne des œufs, et choisis les plus beaux.

Donner leurs œufs, cela rend les poules fécondes,
Sème tes œufs comme ton blé, bon paysan,
Frère de l’artisan,
Sans lequel restent vains les espoirs que tu fondes.

Extrait de “POÈMES A MON CLOCHER” écrits par Jean BONNEFOY, poète désidérien, dans les années 20 .

Les conscrits par Jean Bonnefoy

LES CONSCRITS

Avez-vous vu passer la farandole ?
Encore un peu du vieux temps qui s’en va.

C’était l’essor d’une jeunesse folle
Où le conscrit préparait le soldat.
Cette jeunesse égayait le dimanche,
Sa belle humeur chantait dans le soleil,
Tant de gaîté, si naïve et si franche,
Avait pour tous un charme sans pareil

Sur les conscrits flottait, comme un symbole,
Un grand drapeau largement déployé,
Avez-vous vu passer la farandole
Des temps jadis, à travers St-Didier?
Elle chantait, soulevant l’allégresse,
Aux sons mêlés du fifre et du tambour
Que ponctuaient les coups de grosse caisse,
En ameutant les gamins du faubourg.

La farandole… on dit que cet usage,
En les groupant autour de leur drapeau,
Versait aux cœurs et vaillance et courage,
Montrant à tous quel sort est le plus beau;
Avez-vous vu passer la farandole
Dont l’étendard frissonnait dans le vent ?
Ah ! mes amis, trêve de faribole,
Sous ce drapeau je vois un régiment.

Oh! mon pays… hélas! si je m’exile,
Mon souvenir ne saurait te quitter;
Pays natal! redeviens mon asile
Au doux appel des sourires d’été;
La souvenance est bonne et nous console,
Je ne peux pas m’évader du vieux temps…
Qui nous rendra la vieille farandole
Où s’exaltaient, mes amis, nos vingt ans ?

Extrait de “POÈMES A MON CLOCHER” écrits par Jean BONNEFOY, poète Désidérien, dans les années 20 .

 

Histoire de la chapelle

Aspect extérieur, photo G. Laval
Aspect extérieur, photo G. Laval

Achevée en octobre 1930, la chapelle Claire-Joie appartenait à la congrégation diocésaine des Soeurs de Jésus Rédempteur et de Marie Médiatrice.
Les Sœurs de Jésus étaient présentes à St-Didier depuis le XVIIème siècle. Elles se sont installées sur le boulevard des passementiers dans l’ancienne usine de rubans d’Amable Sauvignet en 1858.
En 1970, les bâtiments sont vendus à la congrégation des Ursulines qui créent la maison de retraite de Claire-Joie. En 2005, les religieuses quittent St-Didier, la maison de retraite ferme.
La commune rachète les locaux, en cède une partie l’année suivante tout en conservant le parc et la chapelle.( L’office notarial et un foyer -logements adapté à l’accueil des personnes âgées non dépendantes s’installeront dans les bâtiments principaux.) Continuer la lecture de Histoire de la chapelle

Les vitraux de la chapelle

Les magnifiques vitraux qui ornent la chapelle ont été réalisés en deux tranches successives 1963/ 1965 sur des maquettes réalisées par Louis-René Petit.
Ces vitraux sont particulièrement remarquables par leur utilisation de la lumière, leur coloration étant fonction de leur emplacement. Dans plusieurs courriers, le directeur de l’atelier du vitrail (atelier monastique de Saint-Benoît-sur-Loire) et le concepteur Louis-René Petit ont échangé sur cette volonté. Continuer la lecture de Les vitraux de la chapelle

L’histoire du Carnaval de Saint-Didier

Chaque année, le dimanche précédant mardi-gras, Saint-Didier en Velay fête son carnaval. La tradition veut que ce carnaval ait été rapporté d’Italie au XVI° siècle par un seigneur de Saint-Didier, duc de Joyeuse.
Autrefois, le carnaval était l’affaire de « la partie  » composée de plus de quatre-vingts personnages, arlequins, suisses, cuisiniers et bien sûr « carnavaux « .
Dans un ordre immuable, ils parcouraient les rues du vieux Saint-Didier en jouant des scènes. Tout finissait par le jugement et la condamnation à mort de carnaval. Carnaval était brûlé pendant que les acteurs chantaient :  » Adiou paoure, paoure, paoure ! Adiou paoure Carnava !  »
Le carnaval perdura jusqu’à la fin du XIX° siècle puis s’éteignit après un dernier sursaut en 1928.
En 1960, l’équipe municipale sous l’égide du maire de l’époque, Régis VIDAL, décida de « refaire carnaval « .  Le défilé se déroule sous un soleil éclatant et devant une foule immense.

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