L’INSTRUCTION AU XIXe SIECLE à St-DIDIER d’après LES REGISTRES DE CONSCRIPTION

Très tôt, les services de l’armée se sont préoccupés de connaître le niveau d’instruction des conscrits. A partir de 1837, une colonne est réservée à cet effet sur les registres. La classification comprend quatre degrés :
2 : sait lire et écrire
1 : sait lire
0 : ne sait ni lire ni écrire
D : degré inconnu

A St-Didier cette colonne n’a pas été renseignée sur les registres.
A partir de 1852, les instructions sont complétées et les registres sont dorénavant remplis :
« Les jeunes gens sachant écrire signeront. Ceux qui ne savent pas écrire apposeront une croix. Pour les absens ou ceux dont le degré d’instruction est douteux, MM. Les Maires apposeront la lettre D »
En 1852, sur 34 conscrits nés en 1832, 9 ont signé, 15 ont fait une croix.
En 1855, 13 conscrits sur 51 savent lire et écrire.
En 1856, sur 71 conscrits, 23 savent lire et écrire, 20 sont déclarés douteux et 23 ne savent ni lire ni écrire.
En 1857, sur 42 conscrits, 18 savent lire et écrire.
En 1860, sur 40 conscrits, 19 savent lire et écrire.

Le pourcentage de conscrits sachant lire augmente régulièrement tout au long du XIXème siècle. En 1873 et en 1875, deux nouveaux degrés d’instruction sont ajoutés dans les registres : 3 : sait lire, écrire et compter et 4 : « bachelier »
En 1879, voici le degré d’instruction des 50 conscrits nés en 1859 :

D 0 1 2 3 4
2 9 9 12 18 0

La catégorie la plus nombreuse est celle du niveau 3. Trois conscrits sur cinq savent lire et écrire. A l’opposé, ils ne sont plus qu’un sur cinq à ne savoir ni lire ni écrire.

En 1880, une nouvelle catégorie est créée, voici le nouveau tableau de répartition des conscrits :
0 : ne sait ni lire ni écrire
1 : sait lire
2 : sait lire et écrire
3 : sait lire, écrire et compter
4 : brevet de l’enseignement primaire
5 : bachelier es lettres, es sciences, ou de l’enseignement secondaire spécial

En 1892 voici la répartition des 60 conscrits nés en 1872 :
78% des conscrits savent lire et écrire, ils ne sont plus que 10% à ne pas savoir lire

D 0 1 2 3 4 5
0 6 7 21 23 3 0

Le premier bachelier à s’être présenté au conseil de révision fut Pierre-André PEYRACHE en 1893.
Le second, MONTCOUDIOL, clerc de notaire en 1894 et futur notaire à St-Didier.
Le troisième, en 1896, fut Jacques-Alexandre DURIEUX, négociant à La Séauve

A l’aube du XXème siècle, plus de 95% des conscrits de St-Didier savent lire. On peut réellement parler de progrès spectaculaires dans l’instruction des garçons en l’espace de cinquante entre 1850 et 1900 : le nombre de conscrits sachant lire est passé d’environ 30% à près de 95% d’une classe d’âge.

Le gros effort en direction de l’instruction publique des gouvernements successifs du XIXème siècle a particulièrement porté ses fruits en Haute-Loire, département jusque là fort en retard dans le domaine de l’enseignement.
A St-Didier, on peut dire que les instituteurs qui se sont succédés tout au long du XIXème siècle ont réellement réussi leur mission d’instruction des garçons.

degré d'instruction

Les rites des conscrits

Lors d’une première réunion qui se déroulait généralement avant le conseil de révision, les classards élisent un président et souvent un trésorier. A St-Didier, parmi les classards de la classe 54, le président est élu parce qu’il est le plus apprécié, le plus sérieux et qu’avec lui pas de danger « qu’il boive la caisse ».

Chaque classe constitue une caisse alimentée par une quête dans le bourg et dans les villages, la collecte des œufs et leur vente, le bénéfice des bals quand il y en a d’organisés et la somme versée par chaque conscrit.

Chaque classe se procure un drapeau. Pour certaines classes, il porte seulement manuscrites la mention de l’année et celle de la commune. D’autres classes surtout parmi les plus anciennes ont fait confectionné un drapeau en laine ou en coton, bordé de franges. Sur ce drapeau est brodé en lettres d’or « Honneur aux conscrits de St-Didier-La-Séauve », la mention de la classe accompagnée du sigle RF et des lauriers de la République ou encore « Commune de Saint-Didier, classe XX ». Certaines classes utilisent le drapeau d’une classe précédente, c’est le cas pour la classe 40 ou la classe 54.

Chaque année, les classards chantent le Mai. Pour certaines classes, cela a pu durer jusqu’à quatre jours. C’est pour eux l’occasion de se montrer et de repérer les filles à marier en frappant à toutes les portes, en visitant les classardes, en rencontrant les notables, tout cela en faisant des farces et en buvant abondamment. Le clairon permet d’alerter la population au passage de la classe. Les chapeaux et les foulards permettent de retenir l’attention.
Pendant cette période, les classards recueillent, dans les fermes, des œufs frais qu’ils mettent dans des corbeilles en osier enrubannées, et également quelque argent.
Les œufs récoltés sont la plupart du temps vendus à des commerçants (pâtissier ou boulanger) ou à des restaurateurs. Une partie sert à constituer une immense omelette chez un cafetier.

A l’occasion de la vogue, le dernier dimanche de juillet, les classards vendent des gâteaux de Savoie aux classardes, aux parents et amis et aux notables afin de renflouer la caisse.
Les gâteaux proposés comprennent plusieurs étages et sont surmontés d’un petit drapeau tricolore.
Des musiciens accompagnent les classards dans leur tournée chez les habitants.

Le conseil de révision se déroule à la Mairie du chef-lieu de canton. Autrefois le canton de Saint-Didier était fort étendu. Il comprenait outre les communes de Pont-Salomon, Saint-Ferréol d’Auroure, Saint-Just Malmont, Saint-Romain Lachalm et Saint-Victor Malescours celles d’Aurec sur Loire et de Saint-Pal de Mons (La commune de La Séauve a été créée en 1925). Certaines années, c’était plus de 200 conscrits (comme en 1890) qui se rendaient à la Mairie de Saint-Didier, souvent à pied, en groupe, en musique avec le drapeau en tête.

La visite du bourg et des cafés s’effectue en musique avec grosse caisse, tambours et clairons. Au conseil de révision de 1924, toutes les classes du canton défilent dans une véritable cacophonie, étant donné que les porteurs d’instruments ne savent pas en jouer… Très souvent les patrons de café offrent leur tournée et il n’est pas rare qu’un ou deux classards s’endorment sur un coin de table !

Le conseil de révision se déroule en présence du sous-préfet, du conseiller d’arrondissement, du commandant du bureau de recrutement et des maires du canton. La commission médicale est composée d’un médecin-major et d’un médecin du canton.
L’ordre de passage des classards devant le conseil est alphabétique, commune par commune. Souvent les classards sont appelés 10 par 10, par un gendarme. Dans le plus simple appareil, ils passent succesivement sous la toise, sur la bascule, puis un gendarme leur prend la mesures thoracique. Quelques questions leur sont posées : entendez-vous bien ? Savez-vous lire ? Écrire ? Quels diplômes avez-vous ? Savez-vous nager ? Monter à vélo ?
On vérifie si la vue est bonne en faisant lire de loin un tableau comportant des chiffres et des lettres de toutes dimensions. On passe enfin devant le médecin-major qui pose encore quelques questions : avez-vous une infirmité ? Avez-vous eu une maladie grave ? Une auscultation sommaire intervient quelque fois et le verdict tombe : « Bon pour le service armé » « service auxiliaire » « ajourné » « réformé ».

Devant la mairie sont postés des marchands ambulants qui avec empressement proposent aux classards une variété de cocardes, écharpes et rubans tricolores, insignes en métal doré, fleurs en tissu, foulards, couvre-chefs aux couleurs vives.
Les billets « Bon pour l’armée » ou « Bon pour le service armé », « Bon pour les filles », « Bon pour les femmes nues » sont généralement épinglés sur le couvre-chef. En plus de ces mentions, ils comportent diverses scènes : le passage à la toise, un groupe d’artilleurs, une femme quelque peu dévêtue dans une attitude provocante, etc.
Les réformés qui participent à la farandole achètent volontiers le billet « Bon pour les filles » puisqu’ils ne peuvent épingler autre chose.

Pour la presque totalité des classes, la sortie du conseil de révision est l’occasion de faire la photographie de groupe qui immortalisera cette journée. Jusqu’en 1948, ces photos furent prises dans l’atelier du photographe Thivillier au numéro 29 de la route nationale. Après 1948, les photos ont été prises dans le studio actuel de Joseph Cabot, dans la rue de l’Hôtel de ville par Thivillier fils puis par René Gimbert. Plus récemment, la croix de Mission du pré de la Foire est devenu l’emplacement privilégié des photographies des classards.

Veille de mai par Jean BONNEFOY

VEILLE DE MAI

Gai ! les garçons, allons chanter le mai,
Enrubannons l’osier de nos corbeilles
Car la vesprée à des teintes vermeilles
Et de lilas le soir est embaumé…

Et les voilà partis à travers les prairies,
En joyeux pèlerins,
Et sur tous les sentiers menant aux métairies
Résonnent leurs refrains.

Derrière les volets, au fond de la cuisine
On s’émeut, car ceux-ci ne sont que les premiers
De ceux qui vont chantant aux portes des fermiers
Et ne souffrent pas qu’on lésine.

Ce n’est pas assez des chansons,
Et comme on ne doit pas rebuter ces garçons,
Pour que le panier d’œufs, frais pondus, apparaisse
On lui bat le rappel à coups de grosse caisse…

Pourtant si ta porte, ô fermier l
En dépit de tout restait close,
On en ferait toute une glose
Pendant des mois à St-Didier.

Et je craindrais, vois-tu, d’amères représailles
Dans ton jardin, sur tes poireaux,
Sur tes semailles;
Allons, donne des œufs, et choisis les plus beaux.

Donner leurs œufs, cela rend les poules fécondes,
Sème tes œufs comme ton blé, bon paysan,
Frère de l’artisan,
Sans lequel restent vains les espoirs que tu fondes.

Extrait de “POÈMES A MON CLOCHER” écrits par Jean BONNEFOY, poète désidérien, dans les années 20 .

Les conscrits par Jean Bonnefoy

LES CONSCRITS

Avez-vous vu passer la farandole ?
Encore un peu du vieux temps qui s’en va.

C’était l’essor d’une jeunesse folle
Où le conscrit préparait le soldat.
Cette jeunesse égayait le dimanche,
Sa belle humeur chantait dans le soleil,
Tant de gaîté, si naïve et si franche,
Avait pour tous un charme sans pareil

Sur les conscrits flottait, comme un symbole,
Un grand drapeau largement déployé,
Avez-vous vu passer la farandole
Des temps jadis, à travers St-Didier?
Elle chantait, soulevant l’allégresse,
Aux sons mêlés du fifre et du tambour
Que ponctuaient les coups de grosse caisse,
En ameutant les gamins du faubourg.

La farandole… on dit que cet usage,
En les groupant autour de leur drapeau,
Versait aux cœurs et vaillance et courage,
Montrant à tous quel sort est le plus beau;
Avez-vous vu passer la farandole
Dont l’étendard frissonnait dans le vent ?
Ah ! mes amis, trêve de faribole,
Sous ce drapeau je vois un régiment.

Oh! mon pays… hélas! si je m’exile,
Mon souvenir ne saurait te quitter;
Pays natal! redeviens mon asile
Au doux appel des sourires d’été;
La souvenance est bonne et nous console,
Je ne peux pas m’évader du vieux temps…
Qui nous rendra la vieille farandole
Où s’exaltaient, mes amis, nos vingt ans ?

Extrait de “POÈMES A MON CLOCHER” écrits par Jean BONNEFOY, poète Désidérien, dans les années 20 .

 

Histoire de la chapelle

Aspect extérieur, photo G. Laval
Aspect extérieur, photo G. Laval

Achevée en octobre 1930, la chapelle Claire-Joie appartenait à la congrégation diocésaine des Soeurs de Jésus Rédempteur et de Marie Médiatrice.
Les Sœurs de Jésus étaient présentes à St-Didier depuis le XVIIème siècle. Elles se sont installées sur le boulevard des passementiers dans l’ancienne usine de rubans d’Amable Sauvignet en 1858.
En 1970, les bâtiments sont vendus à la congrégation des Ursulines qui créent la maison de retraite de Claire-Joie. En 2005, les religieuses quittent St-Didier, la maison de retraite ferme.
La commune rachète les locaux, en cède une partie l’année suivante tout en conservant le parc et la chapelle.( L’office notarial et un foyer -logements adapté à l’accueil des personnes âgées non dépendantes s’installeront dans les bâtiments principaux.) Continuer la lecture de Histoire de la chapelle

Les vitraux de la chapelle

Les magnifiques vitraux qui ornent la chapelle ont été réalisés en deux tranches successives 1963/ 1965 sur des maquettes réalisées par Louis-René Petit.
Ces vitraux sont particulièrement remarquables par leur utilisation de la lumière, leur coloration étant fonction de leur emplacement. Dans plusieurs courriers, le directeur de l’atelier du vitrail (atelier monastique de Saint-Benoît-sur-Loire) et le concepteur Louis-René Petit ont échangé sur cette volonté. Continuer la lecture de Les vitraux de la chapelle

L’histoire du Carnaval de Saint-Didier

Chaque année, le dimanche précédant mardi-gras, Saint-Didier en Velay fête son carnaval. La tradition veut que ce carnaval ait été rapporté d’Italie au XVI° siècle par un seigneur de Saint-Didier, duc de Joyeuse.
Autrefois, le carnaval était l’affaire de « la partie  » composée de plus de quatre-vingts personnages, arlequins, suisses, cuisiniers et bien sûr « carnavaux « .
Dans un ordre immuable, ils parcouraient les rues du vieux Saint-Didier en jouant des scènes. Tout finissait par le jugement et la condamnation à mort de carnaval. Carnaval était brûlé pendant que les acteurs chantaient :  » Adiou paoure, paoure, paoure ! Adiou paoure Carnava !  »
Le carnaval perdura jusqu’à la fin du XIX° siècle puis s’éteignit après un dernier sursaut en 1928.
En 1960, l’équipe municipale sous l’égide du maire de l’époque, Régis VIDAL, décida de « refaire carnaval « .  Le défilé se déroule sous un soleil éclatant et devant une foule immense.

Carnaval 01 Continuer la lecture de L’histoire du Carnaval de Saint-Didier

Un épisode cocasse du carnaval au XVIIIème siècle raconté par Pierre PALHION

« …un huissier de la monnaie, du nom de MERMET, résidant à Lyon vin pour quelque opération à Saint-Didier le jour même où la partie se faisait : il se fait servir à l’auberge où il était (l’auberge du Velay de nos jours). Lorsqu’il commençait, entrent quelques carnavaux avec un arlequin. Celui-ci gesticule tantôt devant l’huissier, tantôt d’un côté, puis de l’autre, lestement, adroitement, attirant son attention de toutes parts : tandis que les carnavaux enlèvent d’un seul coup tous les plats du dîner. Mermet croit se mettre à manger, tout a disparu. Stupéfait, il s’écrie : « C’est donc ici un pays tout de voleurs ! ». Il se fâche, les spectateurs rient, il s’emporte se met en colère, ils rient de plus fort, il demande s’il n’y a point de justice, on lui indique la maison du juge principal (maison Lafayette).  Continuer la lecture de Un épisode cocasse du carnaval au XVIIIème siècle raconté par Pierre PALHION