Histoire du carnaval d’après Pierre Palhion (XVIIIème siècle)

partie1928
La Partie de Carnaval reconstituée en 1928

Le plus ancien récit que l’on connaisse du carnaval de Saint-Didier est celui de Pierre PALHION retrouvé dans les archives départementales de la Haute-Loire par Marie-Claire et Christian BERTHOLET et qui a été publié en 1992. Pierre PALHION écrivit ce récit vraisemblablement à la fin du XVIIIème siècle, il était alors maître d’école à St-Didier. Dans une première partie, il décrit rapidement la situation géographique de St-Didier la Séauve puis il raconte ce que la tradition orale a rapporté de carnaval jusqu’au XVIIIème siècle, enfin il décrit le carnaval tel qu’il se déroule en ce début de la période révolutionnaire.

Au XVI ème siècle :
« Le Duc de Joyeuse, seigneur haut justicier de Saint-Didier, avait établi ce drame-pantomime, qu’il avait tiré, dit-on, en tout ou en partie du carnaval de Venise, où il avait été envoyé par le gouvernement français en mission, ou bien y ayant des possessions ou des affaires d’intérêts
Toujours d’après la tradition orale, le duc de Joyeuse aurait d’abord fait exécuter la «partie» par des gens de sa maison qui probablement s’en étaient déjà imbus à Venise.
L’ayant trouvée réjouissante, il décidait d’en favoriser le développement en adoucissant les droits de ferme de ses fours banaux, de marché sur la grenette, les bestiaux qui se rendaient aux foires, d’entrée des fruits, vins et autres denrées.
Dans le même temps, il décidait que les boutiquiers devaient fournir chacun au moins une corde à garrotter Carnaval, les boutiquiers un pain blanc et les cabaretiers, hôteliers, un pot de vin chaque, que ceux qui composaient la partie pouvaient prendre en ce jour. Ainsi les carnavaux, personnages parmi les plus turbulents, qui ne se privaient pas de boire et de manger ce qu’ils enlevaient de côtés et d’autres sans que personne eût le droit de se plaindre ni faire des poursuites »

A la fin du XVIIIème siècle :
« A une heure convenue, tous les personnages doivent être habillés et se rendre en un local désigné préalablement. De là en cortège, on part ensemble, musique et carnavaux en tête, précédés des coureurs et courriers. Les juges en corps ferment la marche.
Après avoir parcouru la ville pour donner en spectacle la totalité dans un même coup d’œil, le cortège se scinde en groupes ou corps de partie.
Les carnavaux s’en vont en troupe ou séparément faire les libertins, les pillards dans les maisons et ce qu’ils peuvent voler comme jambon, saucissons, gibiers, volailles, cruds ou aprêtés sera pour eux s’ils veulent les garder. Tout le monde est instruit de cette pratique, tant pis pour ceux qui s’y laissent prendre. Généralement, les carnavaux rendent ce qu’ils ont pris, à la fin de la partie. Plus ils sont lestes et dispos, et adroits, à voler, piller, escamoter ainsi, mieux ça va. »
« Après le tour de la ville destiné à ameuter la population, tous les personnages de la partie se mettent à leur poste en 3 ou 4 minutes dans la perspective des tours. Il semble se faire l’ouverture du théâtre, se lever la toile. La pantomime débute tout ainsi disposé. C’est à dire la musique au milieu de la place, elle joue alors dans des tons graves, lents comme tristes et plaintifs, en mesure à trois temps, la cuisine, les suisses près les maisons Moneron et Larochette(1), les soldats, les sauteurs devant la maison Massard pour de là apercevoir aisément le départ des carnavaux après lesquels ils doivent courir, les juges avec Carême et les pêcheurs devant la maison Julien. »

(1) Actuellement l’Ecole publique Françoise Dolto