Histoire du carnaval d’après Pierre Palhion (XVIIIème siècle)

partie1928
La Partie de Carnaval reconstituée en 1928

Le plus ancien récit que l’on connaisse du carnaval de Saint-Didier est celui de Pierre PALHION retrouvé dans les archives départementales de la Haute-Loire par Marie-Claire et Christian BERTHOLET et qui a été publié en 1992. Pierre PALHION écrivit ce récit vraisemblablement à la fin du XVIIIème siècle, il était alors maître d’école à St-Didier. Dans une première partie, il décrit rapidement la situation géographique de St-Didier la Séauve puis il raconte ce que la tradition orale a rapporté de carnaval jusqu’au XVIIIème siècle, enfin il décrit le carnaval tel qu’il se déroule en ce début de la période révolutionnaire. Continuer la lecture de Histoire du carnaval d’après Pierre Palhion (XVIIIème siècle)

CHRONOLOGIE DE LA CONSCRIPTION

CHRONOLOGIE DE LA CONSCRIPTION EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION

1791 – Les municipalités lèvent 97 000 volontaires.
1792 – L’Assemblée législative proclame « la patrie en danger » et fait appel aux volontaires (Valmy).
1793 – La Convention mobilise 300 000 hommes, c’est « la levée en masse ». 1798 – La loi Jourdan (19 fructidor an VI) crée la CONSCRIPTION avec possibilité d’appel durant 5 ans (21-25 ans) en temps de paix, illimitée en temps de guerre. Instauration du tirage au sort. Continuer la lecture de CHRONOLOGIE DE LA CONSCRIPTION

Le degré d’instruction des conscrits de Haute-Loire

La formation des tableaux de recensement des jeunes gens pour le contingent militaire annuel donne une occasion toute naturelle de connaître le degré d’instruction des Français ayant atteint leur vingtième année.
Quand il est procédé à cette opération en chaque mairie de chef-lieu de canton, le jeune homme ou, s’il est absent, son père ou son tuteur, doit se présenter et certifier l’exactitude de l’inscription.
Au conscrit est alors demandé s’il sait lire, écrire, compter, s’il a obtenu des diplômes. Continuer la lecture de Le degré d’instruction des conscrits de Haute-Loire

Les objets symboliques des conscrits

LE DRAPEAU
Symbole de la Nation avant d’être celui de la Patrie, le drapeau tricolore existe depuis juillet 1789. Il n’a pris sa configuration définitive qu’en 1794. pour la Marine, qu’en 1812 pour l’ensemble du pays. Après une interruption due à la Restauration qui lui préfère le drapeau blanc, il sera officiellement le symbole de la France. Après la défaite de 1870-1871, le drapeau tricolore est un des éléments forts du patriotisme. Chaque classe de Conscrits a son drapeau, souvent de dimensions très importantes. Continuer la lecture de Les objets symboliques des conscrits

La conscription en Haute-Loire : textes d’Ulysse Rouchon et Jules Vallès

Ulysse ROUCHON, écrivain, journaliste et historien de la Haute-Loire a décrit dans « La vie paysanne dans la Haute-Loire » édité en 1933 le tirage au sort et le conseil de révision.

De grand matin, dans les sentiers serpentant au creux des vallées, sur les pentes boisées de coteaux et le long des routes caillouteuses, cheminaient drapeau déployé et tambour en tête les conscrits des communes se rendant au chef-lieu de canton.
A ce tapage insolite, bêtes et gens s’étaient éveillés avant l’heure. Sur les grands pins empanachés des brumes de l’hiver, les corbeaux croassaient, les chiens de ferme aboyaient, et derrière les vitres des fenêtres basses, des « drôles » en chemise et des femmes en camisole et en coiffe de nuit regardaient avec curiosité.
A l’entrée du bourg, chacun des jeunes gens avait mis le pantalon dans les bottes et reculé sur la nuque son vaste chapeau de Goudet : le porte-drapeau prenait son air le plus crâne et le tambour battait un marche scandant le pas du groupe qui s’avançait bras dessus bras dessous en gueulant le couplet de circonstance :
Adieu, papa ! Adieu, maman !
Adieu, mon fils ! Plus d’espérance!
Après t’avoir soigné, après t’avoir nourri
Ah oui ! C’est à présent que tu t’en vas péri…

C’est au milieu de l’émotion générale qu’après le tour classique des rues et les stations chez les aubergistes, on approchait de la mairie ou venaient d’arriver les messieurs galonnés de la Préfecture, reçus par les maires du canton en belle veste « noviau ». La mère était là à se lamenter et le père restait bras ballants et tout chose ne sachant que faire ni que dire.

Dans la salle chaque appelé tirait un numéro. C’était tant mieux pour celui qui prenait un bon, c’est à dire un des plus élevés. Il pouvait espérer échapper, car il y en avait qui exemptaient. Mais c’était tant pis pour les autres et notamment pour les détenteurs des premiers. Ceux-ci la marine les guettait… et ils faisaient un nez d’une aune tandis que leurs camarades en tournaient une de plus sur la place…

La jeunesse n’est point maussade et prend aisément son parti des surprises du sort. C’est pourquoi toute la journée, l’on entendait hurler à tous les échos les refrains les plus joyeux apprenant que
Pour entrer dans les z’hussards
Il faut être un bon gaillard.
Pour entrer dans les dragons
Il faut être un bon garçon !

Le tambour soutenait cette allégresse par ses ra et ses fla savants. Nous entendons encore ceux administrés de main de maître par le père Achard, un briscard de la vieille connu sous le sobriquet de Radadau… Il en avait vu des conscrits enrubannés, portant leur numéro de tirage fiché au chapeau.

Le conseil de révision n’était pas moins pittoresque d’allure. Il avait lieu quelques semaines après le tirage au sort, en une saison ou l’on exprimait quelque pitié pour ceux qui allaient défiler devant le major. Ils y passaient cependant sous l’œil paterne de gendarmes habitués aux fortes odeurs et aux anatomies variées des candidats à l’uniforme.
Cela durait des heures, mais les chants reparaissaient dans le cours de la soirée. Bruits de tambours, chants guerriers, tendres couplets révolutionnaient une fois encore les basses-cours voisines, mettaient en émoi les jeunes filles et comblaient d’aise les cabaretiers d’alentour. Ce que je regrette en partant
C’est le tendre cœur de ma maîtresse,
Après l’avoir aimée et tant considérée,
Après tant d’amitiés,
Ah! C’est à présent qu’il nous la faut quitter !

On quittait d’abord le chef-lieu pour rentrer à la nuit sous le toit paternel. Que de drames intimes à ce moment ! Le conscrit venait de déclarer à sa famille qu’il était reconnu bon et cet aveu déclenchait une averse…
C’est tout juste si le père assis près du feu ne lâchait pas son « bouffadou ». La mère recommençait ses jérémiades, la sœur aussi et les petits debout sur leur lit, pleuraient à chaudes larmes en se passant leur chemise sur les yeux.
Et puis on s’accoutumait à l’épreuve, et, au jour du départ, s’il y avait encore des sanglots, on arrivait à surmonter les angoisses de l’inconnu. C’était dur, évidemment ; mais il se trouvait un vétéran pour conseiller les bleus avant qu’ils aillent rejoindre et beaucoup repoussaient ainsi l’épouvantail de l’éloignement, la terreur du gradé, l’appréhension de la chambrée.
Lentement, l’idée du « service » a évolué comme le service lui-même. Les anciens chantaient :
Patrie chérie…
Tu ne périras pas
Patrie chérie,
Les montagnards sont là !

Ceux d’aujourd’hui chantent moins ; ils sont peut-être d’une sentimentalité plus blasée. Qu’est-ce donc qu’un « congé » de dix-huit mois en comparaison des sept ans de jadis, des quatre ans d’autrefois ? Le temps à peine de deux moissons…

Le conseil de révision par Jules VALLES

Jules VALLES, écrivain et journaliste est né au Puy en 1832. Voici comment il évoquait le tirage au sort dans une chronique écrite en 1866 pour le journal « l’Événement ».

« C’est égal, je m’amusais le jour du tirage au sort…
Tous les cabarets étaient pleins : il y avait dans l’air l’odeur de la terre des champs, du fumier de cheval, du fromage bleu et du vin blanc, et l’on criait ! Des bourrées folles étaient exécutées par des garçons en veste verte et en pantalon ventre de vache ; les bonnes amies pleuraient, assises sur les marches de l’auberge, en tâtant leur scapulaire ou en égrenant les chapelets pendant que les hommes vidaient les verres ; enfin on s’organisait et on partait en rang. Un garçon prenait la tête, une canne de tambour-major en main, et l’on allait à la commune en chantant, comme les Girondins allaient à l’échafaud.
Quelques fois les villages venaient, tambours en avant, maire en tête, conscrits en queue. L’hercule du village portait le drapeau ; les trois couleurs brillaient dans la plaine le long des routes jaunes au bord des forêts rousses !

Certain village n’avait jamais qu’un conscrit, mais il arrivait avec six tambours en ligne et son maire en écharpe. On voyait de loin le cortège descendre des hauteurs. Une année par hasard, la commune eut deux hommes pour le tirage. L’année suivante, épuisée sans doute par cet effort surhumain, elle envoya encore sa musique, son maire et son drapeau ; ils firent sur les communes leur apparition accoutumée, mais personne ne les suivait.
Les six tambours battaient la charge.

 Le soir, c’était plus triste. Après qu’ils étaient sortis comme des fous, dansant, hurlant, de la salle du tirage, quand ils avaient agité leur chapeau à en casser les ailes, la raison ou l’ivresse venait. On entendait sangloter les bergères, et il y avait des larmes dans les yeux des mères. Elles allaient chez le notaire ou à l’église pour acheter une messe ou vendre un champ. Le conscrit, lui, filait au cabaret. Là, les bouteilles se vidaient et volaient en l’air ; il y avait des torrents de vin, parfois des taches de sang.

 Il n’en est plus tout à fait de même aujourd’hui. Il y a moins de folie le matin, moins de fureur le soir. Ils n’aiment plus autant l’herbe et les arbres, ces fils des vieux paysans endurcis, et ils ont moins peur d’être soldats, parce que les casernes sont dans les villes. »

 

Les remplacements de conscrits à SAINT-DIDIER

LE REMPLACEMENT

Le service militaire était redouté par certains comme une entrave à la vie familiale et professionnelle, alors que d’autres en font un moyen de réussite. La loi de Fructidor an VII (août 1799) permettait aux appelés de se faire remplacer selon un processus très codifié.
Le contrat est passé devant un notaire. Progressivement les notaires sont de moins en moins sollicités, remplacés par des sociétés privées et même par l’Etat de 1856 à 1866. Le système du remplacement a perduré jusqu’en 1870 mais sans connaître l’ampleur qu’il avait connue entre 1798 et 1815.
Le remplaçant se présente devant le notaire avec le remplacé, celui-ci étant accompagné de son père qui apporte sa caution en fournissant une garantie hypothécaire : une terre, un pré, un domaine, un moulin, un étang, une maison. Le remplacé évoque discrètement les raisons de sa décision : aider le père pour les travaux agricoles ou artisanaux, poursuivre ses études, son mauvais état de santé. Le remplaçant doit remplir un certain nombre d’obligations : envoyer un certificat à son arrivée au corps, choisir un « procureur » pour défendre ses intérêts (souvent son père), s’engager à ne pas déserter (le contrat est alors annulé), accepter de rejoindre son corps d’affectation à pied quelle que soit la distance (parfois fort loin, en Italie par exemple). Tout est consigné dans le contrat, ainsi que le montant de la « solde ». Le contrat établi est signé par les présents ; le notaire mentionne si telle personne présente ne sait pas signer. En cas de différent, l’affaire sera portée devant les tribunaux.
Le prix du remplacement varie de 250 à 5 000 francs-or. Il est ainsi de 3000 francs or pour 7 ans de service en 1865. Un acompte (ou indemnité de départ) est parfois demandé. Une partie du règlement est attribuée quand le remplaçant a atteint son unité. Les échéances, fixées en concertation, peuvent être à la fin du remplacement ou à des dates précises: au bout de 2, 3, 4, 5, 6 ou 7 ans. En cas de blessure, de mutilation ou de décès une répartition est prévue. La prime versée revient pour partie au remplacé, au remplaçant ou à ses héritiers. Parfois à la solde s’ajoutent des « étrennes »: une montre en argent, une provision de céréales ou de vin, une réserve de bûches de bois. Ces dernières sont considérées comme une compensation donnée aux parents du remplaçant.
Les remplacés sont généralement des agriculteurs, des artisans ou appartiennent aux professions libérales, tous ayant une certaine aisance financière. Ceux qui refusent de partir et n’ont pas les moyens de se faire remplacer fuient dans les bois ou prennent les chemins ; ils sont alors recherchés comme déserteurs et risquent la prison.

avis aux pères

Cet avis est paru dans L’ÉCLAIREUR, Journal démocratique, politique et quotidien de Saint-Etienne et du Département de la Loire daté du samedi 30 janvier 1869.

l'éclaireur

LES REMPLACEMENTS DE CONSCRITS A SAINT-DIDIER

La possibilité d’acheter un remplaçant a duré pendant soixante-dix ans de 1802 à 1872.
Entre 1816 et 1872 , quatorze conscrits de St-Didier ont payé un remplaçant pour partir au service militaire à leur place
.

En 1820, Antoine SABATTIER, né à St-Didier mais rubanier à St-Etienne se fait remplacer par Jean-François CLERC de St-Voy. En 1821, Claude Félix SOUVIGNET dit « Le greffier » est remplacé par Jean ERIGNEUX de Bas en Basset. En 1824, Claude GARNIER est remplacé par un autre conscrit de St-Didier, Pierre ANDRE pour qui le sort avait été plus favorable. En 1824, également, Antoine DURIEUX est remplacé par Antoine VIEUX de Coubon. En 1825, Jacques BERGERON est remplacé par Jean-Jacques BOURRETTE du Chambon.
En 1825, Jean-Baptiste SOUVIGNET est remplacé par DEVILLE de Coubon. En 1839, Mathieu MOURIER est remplacé par Joseph AUDIGIER de Buzet en Ardèche. En 1843, Jean-Baptiste GIRY est remplacé par François BROUSSE de l’Ardèche. En 1844, Pierre TEYSSIER est remplacé par Ignace HERTENBEIN de Molsheim dans le Bas-Rhin. En 1848, quatre conscrits se font remplacer : François CHATARD par Frédéric ARSAC de St-Vincent du Fort en Ardèche, Louis CARROT par un conscrit de Roquefort dans l’Aude, Pierre GUIGNAND par GRIOT de Chateauneuf dans la Loire et Jean BARLET par Placide CORET de Bourg Saint–Andéol en Ardèche. En 1850, André GIRAUD est remplacé par Jean MARCONNET de St-Etienne.

remplacements militairesPublicité de 1853 pour une officine de remplacements

 La transcription d’un acte signé chez un notaire de Saint-Didier en 1837

ACTE NOTARIE DE REMPLACEMENT (4 JUILLET 1837) (transcription)
Remplacement

L’an mil huit cent trente sept et le quatre juillet. Par devant Maître Théodore Aimé SABY, notaire à la résidence de St-Didier La Séauve, Haute-Loire, soussigné et en présence des témoins.
Furent présents, M. Régis RHODDE, agent d’affaires et propriétaire habitant la ville du Puy, rue St Gilles, présent dans l’étude d’une part.
Et Denis PETIT, propriétaire cultivateur au lieu de la Claire, commune de St-Ferréol agissant au nom et se portant fort pour Jacques PETIT son fils de la classe de mil huit cent trente six d’autre part.

A été convenu ce qui suit :
Le dit M. RHODDE s’oblige de garantir le dit Jacques PETIT fils au comparant contre les chances du recrutement, en conséquence de fournir un ou plusieurs remplaçants dans le cas ou par suite du tirage au sort, le dit PETIT serait déclaré partant par le conseil de révision et le mettre à l’abri de toutes recherches à cet égard jusqu’à libération définitive à peine de tous dépens.

En compensation, le dit Denis PETIT s’oblige à payer au dit M. RHODDE ou à son ordre, une somme de six cents francs en deux payements égaux, le premier desquels devra s’effectuer sur la présentation d’un certificat en bonne forme constatant la libération du dit Jacques PETIT son fils et le second six mois après le premier payement. Les payements seront faits dans l’étude du notaire soussigné.

Pour assurer le payement de la dite somme, le dit PETIT accepte d’hypothéquer les immeubles sis au lieu de La Claire, commune de St-Ferréol, consistant en bâtiments, prés, terres champêtres dans le ressort du bureau des hypothèques établi à Yssingeaux.

Pour l’exécution de la présente, les parties font élection de domicile en l’étude de nous notaire.
Il est néanmoins convenu que dans le cas ou le dit PETIT fils serait libéré par toute autre cause que par celle du tirage au sort, le prix de remplacement serait réduit de moitié.

Dont acte fait et passé à St-Didier en l’étude, lu aux parties en présence de M. Jean-François BALANDRAUD, greffier de la Justice de paix domicilié à St-Didier et Jean BOUDAREL , propriétaire domicilié au Rochain commune de St-Ferréol témoins soussigné avec M. RHODDE et nous notaire, le dit PETIT a déclaré ne le pouvoir faire.


Cet acte conservé dans les archives de Maître GOYET à Saint-Didier n’est pas véritablement un contrat de remplacement mais plutôt un contrat d’assurance contre « les chances du recrutement » pour le conscrit de Saint-Ferréol de la classe 1837 Jacques PETIT .
Ce contrat a été souscrit par le père de Jacques PETIT, Denis PETIT, cultivateur à Saint-Ferréol auprès d’un agent d’affaires du Puy M. Régis RHODDE.
Quelque soit le résultat du conseil de révision, Jacques PETIT s’engageait à verser la somme de 600 Francs (somme considérable à l’époque) à Régis RHODDE pour que celui fournisse un ou plusieurs remplaçants à son fils.
Si le fils a tiré un bon numéro qui l’a exempté du service militaire, la famille PETIT a perdu 600 francs. Si, au contraire, il a tiré un petit numéro synonyme de 7 ans de service loin de sa ferme, 600 Francs pour éviter cela n’a peut-être pas été trop cher payé, moins cher toujours que s’il avait fallu payer à coup sur un remplaçant.

remplacement 1acte original

Nombre de conscrits de SAINT-DIDIER

Nombre moyen de conscrits par année à Saint-Didier pour la période 1816/1985

nombre de conscrits

Les registres des conseils de révision conservés aux archives de la Mairie de St-Didier permettent de connaître avec précision les effectifs des jeunes hommes âgés de 20 ans habitant la commune depuis 1816 jusqu’à 1985 (c’est à dire nés entre 1796 et 1965)*.
Ce tableau présente les moyennes de ces effectifs par périodes de vingt ans.
On remarque une hausse constante du nombre de jeunes hommes de 20 ans pendant tout le dix-neuvième siècle et jusqu’en 1917 (c’est à dire pour les jeunes nés entre 1796 et 1897). En 1907, 65 conscrits de St-Didier se présentent au conseil de révision, ils sont 75, année record, en 1908. Ces 140 jeunes hommes seront âgés de 26 ans en 1914, ils fourniront l’essentiel de la chair à canon de la Grande Guerre.
Au recensement de 1885 la population de St-Didier-La Séauve est de 4963 habitants, ce qui en faisait à l’époque la troisième ville du département.
A partir de 1917, le nombre de conscrits diminue régulièrement, l’émigration vers les cités de la Loire principalement St-Etienne et Firminy due aux successives crises du tissage du ruban constitue la raison principale de cette baisse.
En 1925 la création de la commune de La Séauve sur Semène réduit beaucoup les effectifs des conscrits de St-Didier.
Le déficit des naissances du à la Guerre de 14/18 se ressent très fortement à partir de la classe 1934. Seule la classe 1940 a un effectif un peu plus élevé (31 conscrits).
Le nombre moyen de conscrits pour les classes entre 1926 et 1945 n’est plus que de 23,7 , il n’est que de 16,5 entre 1946 et 1965 et remonte à 20,3 pour les classes comprises entre 1966 et 1985.

*Manquent les tableaux d’une dizaine d’années avant et après la deuxième guerre mondiale.

Le Général Rullière

Un conscrit de Saint-Didier qui a réussi sa carrière militaire :
Le Général Joseph Marcellin RULLIERE

Fils d’un procureur du roi, Joseph Marcellin Rullière naquit dans la maison familiale sur la petite place à St-Didier, le 9 juin 1787. On sait qu’il est ensuite élevé dans une petite école du Faubourg de Montfaucon.
En 1807, à 20 ans, il s’engage dans le corps des « Vélites des grenadiers de la garde » et participe à l’épopée des armées impériales : Iéna, Friedland, Essling, Wagram, l’Espagne, la campagne de Russie, les Cent Jours et Waterloo.
Il sert ensuite dans les armées du roi et participe aux campagnes d’Espagne de 1823 à 1828, de Grèce en 1829, d’Afrique à partir de 1830. En 1832, il est nommé général.
Il est mis à la retraite en 1848 après 41 ans de service et 22 campagnes. Elu député de Haute-Loire, il devient ministre de la guerre dans le gouvernement du prince président Louis-Napoléon. En 1849, il est élu à Marseille. Il vit sa retraite aux environs de Paris et s’éteint le 24 août 1863.
En 1887, une décision ministérielle donne son nom à une caserne de St-Etienne, aujourd’hui remplacée par la faculté de lettres.
En 1889, une délibération de la municipalité de St-Didier décidait l’ouverture d’une souscription pour lui élever une statue. Projet qui sera remis et dont il ne reste plus aujourd’hui qu’une plaque sur la maison natale de Joseph Marcellin RULLIERE.

D’après plusieurs articles parus dans La Tribune et Le Progrès en 1969, 1993 et 1996, les plus récents écrits par Paul Thiollière.

Pour en savoir plus sur le Général RULLIERE : Un article de L. DAVENAS paru en 1933 dans l’Écho Paroissial de St-Didier en Velay

UN GLORIEUX ENFANT DE SAINT-DIDIER
LE GENERAL RULLIERE (1787-1863)
Par L. DAVENAS
Echo paroissial de St-Didier-la-Séauve (juin/juillet/août/octobre 1933)
 

C’est un nom bien connu des Stéphanois. Mais l’est-il comme il mériterait de l’être ? J’en doute. Qui connaît exactement la vie, la carrière du général Rullière, enfant de Saint-Didier-la-Séauve ?
Dans une étude pour laquelle j’avoue ne pas avoir grand mérite, pour laquelle de nombreux documents m’ont été communiqués, c’est à vous, chers compatriotes, que je dédie cette biographie d’un enfant de chez nous.
Mais, auparavant, permettez-moi d’adresser des remerciements à Mlle Rédé, de la Bibliothèque municipale de Saint-Etienne, à M. le Curé-doyen Martel, de St-Didier-la-Séauve, à M. le Colonel Michel, commandant le 38″ Régiment d’Infanterie à Saint-Etienne, qui m’ont fourni une documentation si précieuse. J’ai également compulsé avec beaucoup d’intérêt une brochure de M. Michel Masson, de Saint-Didier-la-Séauve, et éditée en 1899. Mais, afin de rendre cette étude plus complète, plus vivante, j’ai relaté quelques épisodes vécus par notre illustre compatriote, au cours de sa longue carrière.
Les registres de catholicité déposés à la mairie de Saint-Didier, registres qui avant 1789 tenaient lieu d’état civil, attestent que : « L’an 1787 et le 9 Juin est né et a été baptisé Joseph-Marcellin Rullière, fils légitime de sieur Eustache-Marcellin et de Jeanne-Agnès Michel, de la Ville de Saint-Didier. Son parrain a été Eustache-Marcellin Rullière, oncle paternel, sa marraine Catherine Eyraud, qui ont signé avec nous, et le père. Signatures : Rullière, Eyraud, Michel, Michel, Rullière, Bruyeron, de Rachat, prieur. » Le père était procureur du roi à Saint-Didier. C’est dans une période agitée, dans une atmosphère guerrière, toute emplie du bruit de nos victoires qu’il va vivre jusqu’à vingt ans. Après les victoires de la République, ce sont celles de l’Empire.
Ayant reçu les premiers éléments d’instruction d’un instituteur de la localité nommé Vincent, à moins de vingt ans, il devance la conscription et s’enrôle dans les vélites grenadiers de la Garde Impériale (4 mars 1807). Sa vocation ou sa destinée l’appelant à la défense de la Patrie, il y court avec plaisir. Et dès lors, c’est pour Rullière une belle page d’histoire qui commence, une longue page qui ne s’achèvera qu’à l’aube du Second Empire !
Que de lauriers récoltés ! Que d’actions d’éclats, que de courage tout cela représente !
Le corps des vélites, créé par Napoléon ler du temps qu’il n’était encore que Premier Consul (25 mars 1804), était une troupe d’élite faisant partie de la Garde Impériale. Deux bataillons de 800 hommes chacun étaient rattachés, l’un aux grenadiers, l’autre aux chasseurs de la Garde. N’était pas vélite qui voulait. Pour y être admis, il fallait posséder une certaine instruction, appartenir à une famille honorable, être âge de moins de vingt ans, et avoir une taille de 5 pieds 2 pouces (environ l m. 68).
Tous ces biens, tous ces dons, Rullière les possédait. « Les promesses d’avancement étaient à l’origine peu séduisantes. Mais les personnes qui connaissaient l’esprit du gouvernement, les goûts de la guerre chez le chef de l’Etat, le désir que celui-ci avait de rallier toutes les opinions et de s’attacher toutes les familles, pensèrent que c’était une pépinière d’officiers qu’il voulait créer sous ce nom nouveau emprunté aux Romains. » (Extrait de la Garde Impériale : H. Houssaye.)
Quelques mois après, son instruction militaire est terminée. Le 14 Juin 1807, jour anniversaire de Marengo, il reçoit le baptême du feu à Friedland. «  II n’était pas question de nonnettes à Friedland, dit Mme d’Abrantès. C’était, nous racontaient les lettres que recevait Junot, une des plus terribles batailles que nos troupes eussent encore livrées. V. Duruy. »
Puis c’est la campagne d’Espagne (1808). En 1809, la campagne contre l’Autriche, et il est enfin nommé sous-lieutenant adjudant-major au ler Régiment de Conscrits de la Garde Impériale (9 Avril 1809). Il combat vaillamment à Essling et à Wagram, et c’est la paix de Schoenbrunn. Il retourne en Espagne avec son Régiment, et pendant trois années, c’est la lutte contre les troupes de Mina. Ce sont les guérillas, ce sont les embuscades, l’assassinat. Lutte sauvage, dangereuse, presque sans gloire. Sa bravoure lui mérite le grade de lieutenant adjudant-major (24 Juin 1811). Au combat d’Acédo, il se distingue et il est blessé grièvement (8 Juin 1812).
En 1813, à l’ouverture de la campagne, l’Empereur récompense d’une façon exceptionnelle le brillant officier. Le 2 Avril, il lui confère le grade de chef de bataillon au 146e de ligne, et quatre jours après, le 6 Avril, l’étoile des braves, c’est-à-dire la Légion d’honneur. Tant de vertus militaires recevaient enfin leur consécration. Rullière comptait alors six années de service pendant lesquelles il avait traversé plusieurs fois l’Europe, du Nord au Midi et du Midi au Nord, et pris part aux luttes épiques de la Garde Impériale.
Dans cette campagne, il participe aux batailles de Lutzen et de Bautzen. Peu avant Leipzig, au combat malheureux de Goldebrg, servant dans les rangs de la division Puthod, de l’armée Mac-Donald, il est fait prisonnier. « Cette division s’était hasardée seule au delà du Bober jusqu’à la hauteur du pont de Hirschberg. Cette troupe n’ayant pas profité de ce pont pour revenir en deçà du Bober lorsqu’il en était encore temps, son sort était bien compromis. Réduite de 6.000 hommes à 3.000 par la fatigue, le froid, la faim, l’abattement, elle est assaillie par les troupes de Blücher. Acculée à la rivière, elle se bat en désespérée contre plus de 30.000 ennemis. Mais le nombre des Français diminue de plus en plus. Bientôt, ils ne sont plus que 2.000. Le maréchal Mac-Donald aurait bien voulu les secourir avec quelques troupes en remontant la rive droite du Bober. On lui fit sentir le danger, l’inutilité peut-être de ce secours. Il fut obligé de laisser immoler sous ses yeux de malheureux soldats perdus à la suite de sa mauvaise étoile. — (Thiers). »
Enfin, ce qui reste de la division est obligé de se rendre. Rullière, prisonnier, est interné en Russie et ne recouvre sa liberté que le 1er Juin 1814.
Le 27 Août 1814, Rullière est réintégré avec le même grade au 95e de ligne en garnison à Maubeuge. Le 24 Décembre suivant, il reçoit la croix d’officier de la Légion d’honneur.
1815 ! L’Empereur est revenu de l’Ile d’Elbe ! Rullière va le suivre dans sa nouvelle course à l’abîme…
Le 18 Juin 1815, jour de la néfaste bataille de Waterloo, Rullière y fait bravement son devoir. Il a l’insigne honneur de charger aux côtés du « brave des braves! », le maréchal Ney, et réussit à sauver le drapeau du 95e. « Les derniers carrés de la vieille Garde étaient anéantis. Quelques centaines d’hommes, nobles débris de la division Durutte et comprenant une partie du 95e. de ligne commandé par le chef de bataillon Rullière, battaient en retraite. Soudain, le maréchal Ney apparaît. Sans chapeau, son épée brisée à la main, ses habits déchirés et trouvant encore une poignée d’hommes armés, le brave des braves veut les ramener à l’ennemi : « Venez, mes amis, venez voir comment meurt un Maréchal de France ».
« Les soldats, entraînés par sa présence, font volte-face et se précipitent en désespérés sur une colonne prussienne qui les suivait. Ils font d’abord un grand carnage, mais sont bientôt accablés et deux cents à peine parviennent à échapper à la mort. C’est en cet instant critique que Rullière, prenant le drapeau du 95e, le cache sous sa redingote, réussit à le sauver des mains des ennemis et suit Ney, démonté pour la cinquième fois et toujours sans blessures. Dans cette terrible bataille, soixante mille Français, Anglais, Prussiens, gisaient morts ou blessés. — (Thiers). »
Les notes de ses chefs le représentent alors comme ayant un beau physique et une parfaite tenue. Très instruit des choses militaires, déclarent-ils. Sa conduite, son zèle ne méritent que des éloges. L’un de ses chefs écrit de lui la note suivante : « Possède une fortune médiocre », ce qui ne saurait amoindrir sa valeur, au contraire ! Le général d’Orsay écrit partout qu’ayant eu Rullière sous ses ordres à l’armée d’Espagne, il a pu apprécier sa bravoure et ses connaissances militaires.

Mis en non activité le 8 Septembre 1815, iI est rappelé l’année suivante dans la région départementale du Cher. Vrai type du soldat, animé de l’amour de la Patrie, après avoir servi le drapeau tricolore, il sert le drapeau blanc. A la tête de la légion du Cher, il ne tarde pas à s’y faire apprécier. Le Comte de Claparède s’exprime ainsi à son sujet : «  Monsieur Rullière est un officier très distingué, son Instruction et son zèle ont été très utiles à la légion ; on doit le compter parmi les meilleurs chefs de bataillon de l’armée. »
Par la suite de 1817 à 1820, tous ses chefs, le Comte de Lorencey, le Baron de Despreaux, son Colonel, le Lieutenant Général Prince Louis de Hohenlohe s’accordent à dire que  » le Commandant Rullière est un officier supérieur de la plus grande distinction ; II joint à une instruction savante, la fermeté, le zèle et le dévouement qui caractérise un véritable officier. « 
En 1820, (14 Juin), il est nommé Chevalier de Saint-Louis, et le 26 Juillet suivant, il passe dans la légion de Saône-et-Loire, avec le grade de Lieutenant-Colonel. Lors de l’intervention de la France en Espagne, (1823), Rullière passe une nouvelle fois les Pyrénées. Il est cité à l’ordre de l’armée en raison de sa belle conduite dans l’affaire de Porto-Réal et au siège de Cadix. Cette campagne lui vaut la décoration de Chevalier de 3″ classe de l’ordre espagnol de Saint-Ferdinand, (23 Novembre 1823). Le 26 Août 1824, il est nommé Colonel au 6° d’Infanterie de la Garde Royale. Le 4 Décembre suivant, il est fait Chevalier de 2e classe de Saint-Ferdinand d’Espagne.
Le 25 Janvier 1826, le Colonel Rullière prend le commandement du 35e de ligne à l’armée d’occupation en Espagne. En 1828, toujours à la tête du même régiment, il mène celui-ci en Morée, à la délivrance des Hellènes. A cette occasion, la Croix de Commandeur de la Légion d’Honneur lui est décernée, (22 Février 1829). Puis c’est le retour en France en garnison à Montpellier. C’est alors qu’il obtient un congé de trois mois et se rend à Saint-Didier-la-Séauve et à Paris.

1830 ! C’est la campagne d’Algérie, Rullière en est encore ! II va cueillir de nouveaux lauriers. A la tête du 35e de ligne, il conduit le régiment avec son énergie accoutumée au combat de Staouléi, et sous les murs du fort de l’Empereur le 12 Juillet 1830, le général de Bourmont écrit d’Alger au Ministre de la Guerre :
« Le Colonel Rullière est Chevalier de Saint-Louis, et Commandeur de la Légion d’Honneur ; il ne peut, en raison de son grade, obtenir de l’avancement dans les ordres royaux. Toutefois, cet estimable officier ayant mérité dans cette dernière campagne de recevoir une marque de satisfaction, je prie votre Excellence de demander pour lui à M. le Garde des Sceaux, le titre de baron. »
Mais la révolution de 1830, survenant, l’empêcha de recevoir cette récompense.
Le 27 Novembre 1830, Rullière commandait les troupes formant la garnison de Blidah, composée des 34e et 35e de ligne, et de deux pièces de canon lorsqu’il est attaqué dans cette ville « … le Colonel Rullière venait d’ordonner aux deux compagnies de grenadiers de se porter rapidement de l’autre côté de la ville en longeant les jardins, de rentrer soit par la porte de Médéa, soit par les brèches ouvertes dans le mur d’enceinte, et de tomber à la baïonnette sur l’ennemi pris à revers. La fusillade continuait de part et d’autre ; tout à coup, au milieu des détonations retentissantes, on commença d’entendre des clameurs lointaines, puis le rythme de la charge battue à la française ; alors, à travers les assaillants surpris, les voltigeurs du 35e. débouchèrent de la voûte à la rencontre de leurs camarades. Le combat dès lors changea de face mais il fallut emporter d’assaut les maisons l’une après l’autre, poursuivre l’ennemi dans les cours, dans les ruelles, de terrasse en terrasse. » (ROUSSET).
Le lendemain du combat, le Général en Chef Comte Clausel lui annonce en présence de l’état-major qu’il demandait pour lui le grade de général. C’était la juste récompense de la belle conduite de notre compatriote en cette affaire — (toutefois cette promotion ne fut un fait accompli que le 11 Octobre 1832, alors qu’il était à Angers ).
Recevant sa nomination comme général, il en accuse réception en ces termes : « Je considère cet avancement non comme la récompense de mes faibles services, mais comme un témoignage de sa Majesté pour les services rendus par le bon et brave 35e régiment. »
Le 19 Juillet 1831, il est nommé Commandeur de l’ordre royal du Sauveur de Grèce.
Le 6 Novembre suivant, il recevait l’ordre de se rendre à Valenciennes pour y prendre le commandement de la première brigade de la division d’infanterie de réserve de l’armée du Nord, sous les ordres du général Schramm. Il fait les campagnes de 1832-1833 en Belgique et au siège d’Anvers.
Auparavant, il a reçu des lettres de félicitations du Maréchal Soult, de Philippe d’Orléans, du Général Hulot au sujet des troubles de Nîmes, (l l Avril 1831), et de Grenoble, (Mars-Avril 1832). En ce qui concerne Grenoble « … le conflit n’était ni social, ni politique ; il avait été provoqué par les tracasseries du préfet. Une mascarade traditionnelle, au carnaval, avait irrité le préfet qui tenait à rendre son autorité vexatoire. Furieux de n’avoir pu fermer la porte de la ville au cortège des masques après sa promenade habituelle, il s’était vengé en interdisant un bal masqué projeté pour le soir. Le lendemain, la foule lui avait donné un charivari. Il l’avait fait cerner et charger ; le sang avait coulé, de nombreux blessés avaient jonché le sol. Grenoble tout entier fut révolté. » (A. PETIT).
A la suite de ces Incidents, Rullière était envoyé dans cette ville avec mission d’apaiser cet absurde conflit. En 1833, Rullière est nommé commandeur de l’ordre de Léopold de Belgique.
En 1834, il commande le département d’Eure-et-Loir (21 Février). Chargé d’une courte mission à Lyon, il reçoit en 1835 le commandement du palais du Luxembourg au moment du procès des insurgés de Lyon. Dans cette difficile mission il y fait preuve de beaucoup de dévouement et d’habileté. A cette occasion il recevait les félicitations du maréchal Mouton comte Lobau, de M. Thiers, du maréchal Maison et du roi Louis-Philippe. Puis il retourne en Eure-et-Loir. En 1836 le général Rullière commande une brigade d’infanterie à Versailles puis à Paris.
Mais, comme tous les militaires de son époque il ne peut résister à l’attraction que produit en lui ce seul mot « Algérie ». Et puis le général Bugeaud qu’il remplace à Paris ne vient-il pas de se couvrir de gloire dans les gorges de la Sickah et conquérir son grade de lieutenant-général ? Rullière ne peut y tenir et demande à faire campagne.
Peu après son retour sur le sol africain, il est placé à la tête d’une brigade de la division active d’Oran, sous les ordres du général Bugeaud (l » » Mars 1837). Mais bientôt il est mis à la disposition du Gouverneur général de l’Algérie, le général Damrémont qui préparait la conquête de Constantine. Dès les premiers temps Rullière donna au Gouverneur général la mesure de ce que l’on pouvait attendre de lui. Après le traité de Tafna, il prend énergiquement la défense de Bugeaud violemment discuté et attaqué, ce traité étant parait-il plus favorable à Abd-el-Kader qu’à la France. Le 12 Septembre, il dirige admirablement ses troupes dans un engagement contre la cavalerie arabe. Le 23 chargé du commandement du camp de Medjez-el-Hamar, en l’absence du Gouverneur général, il repousse une attaque des Kabyles de Djidjeli et de Stora, conduite par le Bey Ahmed et les met dans une telle déroute que, contrairement à l’usage, ils laissent leurs morts sur le terrain. Après le combat le général Damrémont s’exprime ainsi —« Le Bey, venu pour assister au triomphe de ses soldats, n’a été témoin que de leur défaite et a dû reconnaître son impuissance. L’ardeur et le sang-froid que nos troupes ont montrés en cette circonstance, est un heureux augure pour l’expédition qui va commencer. Le Gouverneur général leur adresse ses plus vives félicitations et tout particulièrement au général Rullière qui les commandait. »
L’armée étant en marche sur Constantine, Rullière repousse une nouvelle agression de contingents arabes (5 octobre).
Arrivé sous les murs de la place, il commande deux brigades chargées de l’attaque principale de Coudiat-Aty. Le 7 et 10 Octobre il s’oppose victorieusement aux sorties des assiégés. Le 11 Octobre 1837 à 8 heures du matin, le feu s’ouvre sur toute la ligne. L’ennemi répond avec vigueur. Vers 2 heures 1/2, notre artillerie ouvrait une brèche. L’ennemi sommé de se rendre refuse en nous faisant savoir : « Si les Français n’ont plus de poudre nous leur en enverrons, s’ils n’ont plus de biscuit, nous partageons le nôtre avec eux ; nous défendrons à outrance nos maisons et notre ville, on ne sera maître de Constantine qu’après avoir égorgé son dernier défenseur ». Quand on répéta ces mots au général Damrémont celui-ci s’écria : « Ce sont de braves gens ; eh bien l’affaire n’en sera que plus glorieuse pour nous ».
L’affaire s’annonce rude ; elle le sera !
Le 12 Octobre le général Damrémont prend ses dispositions pour l’assaut. Il observait du haut d’une éminence les approches de la ville, accompagné des généraux Rullière, Perrégaux et du duc de Nemours. Le feu des assiégés était assez vif en ce moment : « Prenez garde, lui dit Rullière, nous sommes ici le point de mire de l’ennemi. » — C’est égal, répond tranquillement Damrémont. Comme il disait ces mots un boulet le frappe en pleine poitrine (Duruy). Au même instant le général Perrégaux était tué d’une balle entre les yeux. Plus ancien que Rullière, le général Vale avait l’insigne honneur de prendre le commandement de l’armée.
Enflammé du désir de triompher et de venger son général en Chef, Rullière escalade la brèche, se jette sur le casbah et force à se rendre les arabes qui s’y étaient réfugiés. Dans ce siège mémorable Rullière se montra digne de commander aux vaillants qui déployèrent un courage surhumain dans leur triple lutte contre la peste, contre les éléments déchaînés et contre de fanatiques ennemis.
Je me plais, ici, à rappeler le nom d’un enfant du Forez mort en cette circonstance. Je veux parler du colonel Combes, originaire de Feurs qui, commandant la deuxième colonne d’assaut, fut tué à la tête de ses troupes. Ses dernières paroles sont «… je suis heureux d’avoir pu faire quelque chose pour le roi et pour la France ». Nobles et fières paroles, dignes d’un grand soldat, mort trop jeune hélas ! La ville de Feurs a élevé une statue à son valeureux enfant.
Le prince Louis-Napoléon arrivant au pouvoir voulut faire un ministère de conciliation. Dans ce but il prend comme président du conseil Odilon Barrot, assisté de Drouin de Lhuys aux affaires étrangères, M. de Falloux aux cultes, etc…
Dans ce ministère Rullière était chargé du portefeuille de la guerre, consécration de son talent, de ses vertus militaires (20 décembre 1848). C’est en sa qualité de ministre de la guerre qu’il prépare l’expédition de Rome. Il se fait au nom de la justice et du droit, le promoteur de la loi du l l août 1849, qui releva de la retraite les officiers généraux et supérieurs dont la carrière avait été illégalement brisée.
Cependant la Constituante a achevé son oeuvre et les élections législatives vont avoir lieu. Aux élections du 13 mai 1849, Rullière échoue dans la Haute-Loire avec toute sa liste. Mais peu après il est élu dans le département des Bouches-du-Rhône. En envoyant ses remerciements à ses électeurs, Rullière dit qu’en votant pour lui « ils ont voulu protester contre le retour de tentatives insensées et donner à la cause sociale un énergique défenseur de plus. »
Les ministres pris dans l’Assemblée défendaient mollement le Président de la République, Napoléon Bonaparte, et semblaient séparer leur politique de la sienne.
Déclaré irresponsable par la Constitution, le président voulut choisir un ministère entièrement dévoué à sa politique ; ce qu’il fit. Rullière est remplacé par le général d’Hautpoul. Entre temps il s’est fait relever de sa retraite par décret du 3 l août l 849.
Après le coup d’état du 2 décembre 1851, le général de Saint-Arnaud fait mettre Rullière définitivement à la retraite (5 décembre 1851). Il se retire complètement de la politique et continue d’habiter Paris.

En 1857, il reçoit la médaille commémorative de Sainte-Hélène, décernée aux anciens soldats de la première République et du premier Empire. La mort le surprend le 24 août 1863, au 39 rue Neuve des Mathurins. Selon sa volonté, aucun honneur militaire ne fut rendu à ses obsèques qui eurent lieu en l’église de la Madeleine, le 26 août, au milieu d’un nombre considérable d’amis et de compagnons d’armes.
Le maréchal Bugeaud a écrit de lui : «  Rullière et moi nous avons les mêmes principes, les mêmes idées sur les troupes ; il connaît l’Afrique et nous nous entendons à merveille. » Quel plus grand éloge que ces paroles d’un chef si populaire ? Ces mots caractérisent notre illustre compatriote comme homme de guerre et pourraient être inscrits comme une glorieuse et véridique épitaphe sur son tombeau.
Voulant perpétuer sa mémoire, le gouvernement de la République, par décision ministérielle N° 640, du 15 juillet 1887, décrétait que la caserne principale du 38° d’infanterie, à Saint-Etienne, porterait désormais le nom de l’enfant de Saint-Didier. Il n’y a pas un seul Stéphanois qui ne connaisse la caserne Rullière, située rue d’Annonay ou plus exactement rue du l l Novembre.
En 1899, sur l’initiative d’un industriel de Saint-Didier-la-Séauve, M. Michel Masson, il fut fortement question d’élever une statue au général Rullière, sur l’une des places de sa ville natale.
Le 19 avril de cette même année, M. Briat étant maire, une délibération du conseil municipal réuni en séance extraordinaire, fut même prise en ce sens : « Considérant que le général Rullière a, dans le cours d’une longue carrière militaire, rendu les plus éclatants services à la Patrie ; considérant que son nom est une gloire pour Saint-Didier-la-Séauve, sa ville natale, fière à juste titre de le compter parmi ses enfants illustres s’associe de grand coeur au projet présenté par M. Masson, et, dans le but d’en poursuivre la réalisation, vote une somme de 2.000 francs comme première mise de fonds. »

Pourquoi cette généreuse idée ne fut-elle pas suivie d’effet…?
Toutefois, une plaque commémorative apposée sur la maison natale du général Rullière, rappelle aux touristes que, en ce lieu, est né un grand soldat. Cette maison est située tout près de l’église, au lieu dit « la petite place » actuellement dénommée place Rullière. Nombreux sont ceux d’entre nous qui la connaissent.
Dans une de nos futures sorties, nous serons tous très heureux d’aller visiter le lieu de sa naissance, la petite place où Rullière, tout jeune enfant, s’est essayé aux premiers pas.
Par la pensée nous revivons cette vie ardente, tout entière consacrée à la prospérité, à la grandeur de notre chère Patrie. Et fiers, nous serons en songeant que Rullière est bien de chez nous, qu’il est bien de « Notre Vieux Pays ».

Une confusion dans l’état civil

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Après recherche dans les registres municipaux, il semblerait que cet article de Gabriel ROLLE paru dans La DÉPÊCHE du 14 août 1964 soit assez fantaisiste.
S’il y a bien eu une confusion dans l’état civil municipal, c’est dans l’autre sens que l’erreur s’est produite. Marie-Anne Bizaillon né en 1878, fils de Jean-Marie et de Marie-Anne Rullière a été enregistré comme une fille !
Il a fallu un jugement du tribunal d’Yssingeaux du 2 mai 1904 pour le confirmer dans sa masculinité !