Un épisode cocasse du carnaval au XVIIIème siècle raconté par Pierre PALHION

« …un huissier de la monnaie, du nom de MERMET, résidant à Lyon vin pour quelque opération à Saint-Didier le jour même où la partie se faisait : il se fait servir à l’auberge où il était (l’auberge du Velay de nos jours). Lorsqu’il commençait, entrent quelques carnavaux avec un arlequin. Celui-ci gesticule tantôt devant l’huissier, tantôt d’un côté, puis de l’autre, lestement, adroitement, attirant son attention de toutes parts : tandis que les carnavaux enlèvent d’un seul coup tous les plats du dîner. Mermet croit se mettre à manger, tout a disparu. Stupéfait, il s’écrie : « C’est donc ici un pays tout de voleurs ! ». Il se fâche, les spectateurs rient, il s’emporte se met en colère, ils rient de plus fort, il demande s’il n’y a point de justice, on lui indique la maison du juge principal (maison Lafayette). 

La Maison Lafayette au début du XXème siècle
La Maison Lafayette qui jouxte l’Hôtel Verdier au début du XXème siècle.

Il s’y précipite et sonne promptement, une des servantes vient ouvrir, lui demande ce qu’il veut. Il répond qu’il souhaite parler au magistrat, elle court l’annoncer à son maître. C’est un home avec un habit écarlate, parements et revers jaunes, une grande aiguillette pendant de l’épaule gauche qui se lève de table ou il avait dîner avec plusieurs convives. L’huissier que le juge avait fait entrer dans son cabinet, donnant sur la place ou promenaient et rimaillaient gravement les juges de carnaval narre son histoire. M. Lafayette, plein d’esprit, aimant beaucoup à rire, l’interrompt lui disant : Monsieur, je ne suis pas juge aujourd’hui ; adressez-vous à ces Messieurs en les lui montrant, qui vous rendront justice.
Mermet ne fait ni une ni deux, il se précipite vers ces Messieurs pour leur présenter sa requête. Ces derniers lui tombent dessus, à coups de rimes, de brocards, de saillies…
Notre homme, ne sachant plus à quel saint de vouer fume de vivacité et de colère, vole à l’écurie de son auberge, monte à cheval et s’en va comme au galop St-Just à une ou deux lieues pour y dîner et s’y dédommager de ce qui de venait lui arriver.

Extrait de : BERTHOLET, Christian et Marie-Pierre. Le carnaval de Saint-Didier-la-Séauve en Velay. Imprimerie Jeanne d’Arc, Le Puy, 1992.