La mise en scène de la Partie de Carnaval

Tout d’abord, tous les auteurs décrivent des scènes. Il s’agit bien d’une représentation avec des personnages aux rôles attitrés qui se déroulait exclusivement à la Grand’place .
Pierre Palhion fait allusion dans ses notes à :
« l’ouverture du théâtre, les acteurs paraissent sur la scène et sont disposés à entrer en véritable action. »

La Grand-Place de St-Didier lieu de la représentation
La Grand-Place de St-Didier lieu de la représentation

Au moment ou arlequin va être pris : la toile est censée tomber… « 
« Cette partie renferme dans sa totalité la farce, la pantomime et le drame puisqu’il y a jugement et condamnation à mort ». La trame de cette représentation consiste en trois actes :

a) Les tours et plaisanteries de carnaval et sa troupe
Les carnavaux s’en vont en troupe ou séparément faire les libertins, les pillards dans les maisons (carnaval étant gourmand et suborneur de filles) et ce qu’ils peuvent voler comme jambons saucissons… sera pour eux s’ils veulent les garder. Généralement les carnavaux rendent ce qu’ils ont pris à la fin de la partie.
Plus ils sont lestes et dispos et adroits à voler piller escamoter mieux ça va.

Clastre, en 1928, décrit toute une aventure avec le berger et la bergère
« Dans une hutte aménagée à cet effet, le berger et la bergère causent gentiment auprès de leur feu, mais le berger ayant du s’éloigner, les arlequins, toujours agiles, et sur l’ordre de Carnaval, enlèvent la bergère. Le berger étant de retour, la recherche, la retrouve et la ramène ; pendant ce temps la troupe se livre à de joyeux ébats et exécute diverses danses et chansons locales…  »
Pour Ronin : Lorsque 8 heures sonnent, sous la présidence de l’ancien, on tire au sort le Grand Carnaval et le Grand Arlequin.
A minuit, ces deux là revêtent leur costume et font un tour de rues pour reconnaître leur bonne ville et annoncer la fête.
Le lundi à midi, dans l’ordre indiqué, le cortège s’ébranle.
Il se rend d’abord chez le maire et les notables. Et certains se rappellent encore qu’on allait à La Fressange offrir le jambon.
Carnaval fait tout son tour de ville puis finalement se rend à la grand-place où il va être jugé.

b) Sa capture et son jugement
Les soldats attachent un carnaval avec une ceinture faite de cordes à laquelle viennent aboutir autant de cordes comme autant de rayons partant de la circonférence qu’il y a de soldats qui en tiennent les bouts d’une main.
* fabriquer la ceinture, faire un tour avec Carnaval prisonnier ?
Carnaval est saisi vers La voûte Lafayette, il est pris aux bras par deux des plus robustes soldats afin qu’il entende son accusation et qu’il débatte ou fasse débattre sa cause.

Carnaval ne veut pas avancer, les soldats, nerveux, choisis pour leur force doivent alors s’employer à le soutenir, à le porter pour ainsi dire dans tous ses écarts, chacun par un de ses coudes qu’ils tiennent de la main gauche et par les doigts de l’autre qu’ils ont crochetés les uns dans les autres.
Carnaval s’obstine à retarder la marche (se laisse traîner). Lorsque enfin il est mis debout, il entraîne les soldats tantôt du côté de la grand rue, tantôt d’autres côtés si bien qu’il avance fort peu !
Un des carnavaux le suit dans tous ses mouvements avec une chaise derrière lui afin qu’il puisse s’asseoir ce qu’il fait souvent. Carnaval est traité avec des égards.
* plaidoirie des accusateurs et des défenseurs de carnaval ?
Pendant ce temps la justice débite des rimailles de dessus son tribunal formé de quelques tables sur lesquelles elle est montée depuis que l’on a saisi carnaval.
Il faut une heure ou plus pour faire parcourir 40 pas à carnaval.
Devant le tribunal on lui jette un manteau pour qu’il ne prenne pas froid . Ensuite carnaval écoute plaider son procès par ses défenseurs.
Pendant le débat les amis de Carnaval (cuisine, arlequins) sont autour de lui , l’appuient, le défendent, en faisant rire…
Là, près de la voûte et contre l’hôtel Verdier, un banc de menuisier amarré au mur sert d’estrade aux quatre juges.
Devant eux se trouvent les défenseurs.
Lorsque le cortège est tout entier sur la place rangé en deux files qui se font vis à vis, un juge annonce qu’il va juger carnaval.
Aussitôt, un juge annonce qu’on ne peut juger que si on est sans défaut et il révèle quelque méfait du juge. Celui-ci ou son collègue riposte du tac au tac en chargeant le défenseur de quelque peccadille qu’il lui connaît. L’un s’entend reprocher qu’il court après les filles, l’autre qu’il arrive à la messe en retard, celui-là qu’il maraude l’herbe des prés pour nourrir ses lapins, ce boulanger qu’il ne fait pas assez bon poids, etc.
On ne doit faire qu’un reproche à la fois, le faire bonnement et sans malice.
A chaque répartie, les carnavals qui se font face et les pêcheurs qui les imitent frappent ensemble le pavé avec leur baguette et sautent en l’air en poussant un “ you ! ” de désapprobation, puis un carnaval se détache du groupe et fait le tour de la Bédoire en sautant et en poussant des “you ! You !”.
Lorsque le dernier carnaval après avoir fait le tour de la fontaine a repris sa place, le juge annonce que carnaval, chargé de tous ces crimes est condamné à être brûlé.

c) Enfin son exécution.
Carnaval doit réunir tout son courage pour écouter la sentence qui le condamne à mourir de coups de pistolets. Carême qui a fait accuser carnaval jubile
Le défenseur de carnaval habillé grotesquement porte un chapeau blanc et son visage est enfariné.
Le verdict le rend plus pâle. Carnaval laisse aller sa tête comme une personne évanouie.
Un âme charitable lui donne quelque chose pour le ramener à la vie. Les soldats l’emmènent.
La cuisine et les autres carnavaux lui font les adieux.
Les adieux sont infiniment pathétiques et expressifs. Ils se déroulent aux endroits marqués.
Un des carnavaux n’osant ou redoutant d’avancer approche en sanglotant, recule revient , s’en revient plusieurs fois. Il l’embrasse fortement et en est serré à son tour. Un autre carnaval en fait autant ainsi des autres et arlequin et la cuisine les suisses, sauteurs…
La cuisine donne à boire et à manger.
A la fin, carnaval refuse de manger un morceau de jambon, boit seulement et jette son verre en l’air par dépit…
Au dernier tour carnaval est conduit en face du pilori sur la place. Le procureur tire le premier coup de pistolet ou de fusil.
Un second coup est tiré peu après : carnaval censé percé à mort vient en balançant tomber à la renverse sur le tas de paille . De suite les tambours couverts d’un tissu noir et timbres distendus battent la marche de mort. Tout ceux qui sont attachés à carnaval se mettent à pleurer, à pousser des gémissements, des sanglots…
Ils prennent de la paille, d’où carnaval se relève et se joint à eux. Tous lient cette paille en brandons qu’ils éclairent aux chandelles qui se trouvent là avant de s’en aller par toute la ville exprimant leurs regrets par des cris plaintifs qui annoncent que carnaval est mort…